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Quand j’ai intégré ma promotion, j’avoue avoir été un peu attiré par un collègue de promo. Un p’tit ourson que j’avais envie de cajoler.

Il s’était mis en couple avec une fille de la promo alors que mon gaydar s’affolait. Je me disais intérieurement : « Il est gay mais ne le sait pas encore. À cet âge, on se cherche un peu. On se ment à soi-même. »
Force est de constater que mon gaydar est relativement performant : il est maintenant sur Grindr, en couple libre, sous PrEP, et surtout avec des photos qui ont l’air de montrer qu’il est suffisamment à l’aise.

Le gaydar, c’est plus qu’une intuition. C’est parfois une façon instinctive de repérer dans l’autre un écho de soi-même. Cela peut être un moyen de créer des liens dans des environnements où la sexualité n’est pas encore pleinement assumée ou acceptée. J’aurais voulu qu’il sache que j’étais prêt à l’écouter s’il voulait en parler, alors que j’étais totalement out au sein de ma promo.

La sexualité est un parcours compliqué et éminemment personnel. En plus de devoir, d’une certaine manière, obtenir l’acceptation des autres, tout l’enjeu est d’abord de s’accepter soi-même. Ce processus est plus ou moins long et douloureux pour chacun d’entre nous. Bien souvent, ce processus est même plus compliqué que de se faire accepter par son entourage qui le pressent déjà et l’accepte. Pour ma part, il m’a fallu plus d’une dizaine d’années entre le moment où je l’ai compris et celui où je l’ai accepté.

Ça rejoint une tendance actuelle sur Instagram qui consiste à montrer le soi actuel et le soi d’avant, celui « qui se faisait traiter de pédé avant même qu’il ne sache ce qu’il était. » C’est une manière de se réapproprier cette période où l’on était souvent catalogué avant même de se connaître soi-même. Cette trend me plaît, elle permet un peu d’exorciser les démons de cette sale période pour certains d’entre nous.

Quoi qu’il en soit, A., bienvenue dans la fanfare famille.
Cette visibilité s’accompagne aussi de nouvelles attentes et pressions, notamment celles de se conformer à des normes issues de la communauté elle-même. Il faut avouer que nous ne sommes pas tendres entre nous. La discrimination, le rejet, l’individualisme existent, paradoxalement, au sein de notre propre communauté. Alors que nous savons, mieux que quiconque, ce que cela coûte de ne pas être accepté, il arrive parfois que nous reproduisions ces mêmes mécanismes de rejet.
J’espère que tu sauras t’entourer de personnes qui t’accompagneront comme il se doit dans ton cheminement et ton acceptation. Parce qu’au-delà des jugements ou des attentes, c’est cool de trouver sa place au sein de notre communauté.

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