À l’initiative de quatre associations, sous l’impulsion du président de la République, sous la maîtrise d’ouvrage du ministère des Outre-mer et avec le soutien de la Ville de Paris, un mémorial national dédié aux victimes de l’esclavage verra le jour au premier trimestre 2027. Il sera érigé face à la tour Eiffel, dans les jardins du Trocadéro.




Au sein de ce mémorial figureront les noms et prénoms de 215 000 personnes anciennement réduites en esclavage ayant accédé à la liberté en 1848, année de l’abolition définitive de l’esclavage par le gouvernement provisoire de la Deuxième République.
Cette année-là, celles et ceux qui n’étaient jusqu’alors identifiés que par un matricule et un prénom se voient attribuer un nom de famille. Ces noms constituent aujourd’hui l’acte de naissance symbolique et administratif des familles ultramarines contemporaines : ils sont les premiers noms civils de leurs descendants.
Les opérations d’enregistrement civil se sont étalées entre 1848 et 1850, parfois au-delà, sous l’autorité des officiers d’état civil coloniaux.
Les noms ont été attribués selon des logiques variables :
– Noms de propriétaires (parfois modifiés),
– Toponymes,
– Prénoms transformés en patronymes,
– Noms arbitraires choisis par l’administration,
– Plus rarement, noms revendiqués par les affranchis eux-mêmes.
Les noms de mes branches maternelle et paternelle pourraient relever d’un de ces mécanismes, mais seule l’étude fine du registre matricule et de l’acte d’affranchissement me permettra de le savoir.
Depuis plusieurs années, j’ai entrepris un travail de recherche généalogique, qui m’a permis d’identifier les premiers esclaves affranchis portant les noms de famille de mes branches maternelle et paternelle.
Du côté de mon père, l’ancêtre s’appelait Jean. Pour une raison qui demeure obscure à ce stade de mes recherches, il a été affranchi par sa propriétaire plusieurs années avant l’abolition de 1848, alors même qu’aucune contrainte légale ne l’y obligeait.
Du côté de ma branche maternelle, l’ancêtre se nommait Bernardin. Il est affranchi en janvier 1849 et se voit attribuer le nom de « VIGNÉ ». Son inscription figure bien dans les registres d’affranchissement.
Le futur mémorial du Trocadéro s’est doté d’un site internet, assorti d’un moteur de recherche permettant de vérifier en quelques clics si les noms et prénoms de ses ascendants figureront sur le monument.
Bernardin aura donc sa place sur ce mémorial. À ses côtés apparaîtront les prénoms de ses enfants : Christophe, Saint-Cyrin, Bernardine et Mathurin — ce dernier étant à l’origine de ma branche maternelle.
Allez, p’tite larmichette.
Un mystère demeure toutefois. De toute évidence, la femme de Bernardin, prénommée Franchon, n’est pas affranchie en janvier 1849 avec le reste de la famille, alors même qu’elle a donné naissance au cadet un an plus tôt. Saint-Cyrin était en effet âgé d’environ un an au moment de l’affranchissement collectif.
Peut-être Franchon est-elle décédée en couches, ou dans l’intervalle séparant la naissance de Saint-Cyrin et l’acte d’affranchissement de janvier 1849.
Afin de mener cette quête à son terme, il me reste désormais à consulter les archives nationales d’outre-mer à Aix-en-Provence, pour tenter d’identifier les territoires d’origine africains de Bernardin et de Franchon, et d’engager une recherche équivalente concernant Jean, mon ascendant de la branche paternelle.
Je vous raconterai peut-être la suite de ces recherches — et ce que je sais déjà de l’histoire de Jean, qui me semble, à bien des égards, singulière.

Passionnant. Et émouvant.
Oh c’est bien ce memorial, et touchant ce que tu en racontes !