THE SUBSTANCE et le cinéma d’horreur à la française.

THE SUBSTANCE est le film qui a raflé le prix du meilleur scénario au dernier festival de cannes et le moins que l’on puisse dire est que ce prix est amplement mérité.

En analysant (rapidement) le paysage filmographique français, on pourrait se dire qu’il est avant tout dominé par le cinéma d’auteur (reflet d’une exception culturelle française promue largement à l’international), et par les comédies, plus ou moins potaches, qui plaisent au public français. Le cinéma d’horreur n’est pas la tasse de thé des scénaristes et réalisateurs français. Ce genre cinématographique, bien qu’en plein essor à l’international, reste en retrait dans l’Hexagone.Comme le souligne un article de Radio France du 27 décembre 2023, qui se demande si le cinéma français ne serait pas en train de se réconcilier avec les films d’horreur, le cinéma d’horreur à la française est traditionnellement « boudé par le public, la critique et les financiers » depuis de nombreuses années.

Pourtant, depuis une dizaine d’années, une nouvelle génération de scénaristes et de réalisateurs explore de plus en plus ce territoire et s’aventure sur le terrain de l’horreur.Dans cet ensemble de « l’horreur à la française », un sous-groupe semble se détacher : le body horror. Ce style se concentre sur les transformations, mutilations et mutations du corps humain. Dans le cinéma français, le body horror connaît un succès critique croissant à l’international et trouve une voix singulière, illustrée par des films tels que Grave (2016) et Titane (2021) de Julia Ducournau (film qui a reçu la Palme d’or en 2021 à Cannes, même s’il n’a pas rencontré son public en salles), Dans ma peau (2002) de marina de van.

Ce qui est frappant dans ce sous-genre cinématographique (aujourd’hui érigé en genre à part entière) est l’omniprésence des femmes scénaristes et réalisatrices. Le fait que les femmes s’approprient ce genre comme terrain de jeu n’est pas anodin.
Ce genre est propice à interroger le rapport au corps, au désir, à la féminité, à la beauté, à la mortalité et aux normes sociales en mettant l’accent sur le corps comme vecteur de transformation et de dégradation. La dégradation du corps humain, sa décrépitude avec le temps et nos propres vanités sont des sujets de choix pour ce cinéma, mais aussi des peurs obsédantes dans une espèce humaine consciente, bien assez tôt, de la finalité de sa vie et de sa décrépitude. Ce genre met en scène des personnages dont le corps devient à la fois le lieu de souffrance et le reflet de problématiques intérieures, qui font écho à des questions universelles liées à la condition humaine.Les femmes, premières victimes de ces carcans normatifs et des diktats concernant leur beauté, leur corps, leur place dans la société, notamment avec le vieillissement, sont sans doute celles les plus aptes à les dépeindre, à en jouer et à les remettre en question à travers le cinéma.

Le film THE SUBSTANCE de Coralie Fargeat nous livre une version moderne et horrifique du Portrait de Dorian Gray.Elisabeth Sparkle, vedette d’une émission d’aérobic, est renvoyée le jour de ses 50 ans par son patron à cause de son âge jugé trop élevé, ne faisant plus rêver les téléspectateurs. Elisabeth, campée par Demi Moore, cède aux sirènes de la beauté éternelle pour rester à la page dans le microcosme ultra-élitiste et âgiste d’Hollywood en s’administrant une substance miraculeuse : THE Substance.

Synopsis :
Avez-vous déjà rêvé d’une meilleure version de vous-même ? Vous devriez essayer ce nouveau produit :
THE SUBSTANCE
Il a changé ma vie. Il permet de générer une autre version de vous-même, plus jeune, plus belle, plus parfaite.
Respectez les instructions :
ACTIVEZ une seule fois
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PERMUTEZ tous les sept jours sans exception.
Il suffit de partager le temps. C’est si simple, qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?

Pour incarner le personnage principal de ce film, le choix s’est porté sur Demi Moore. Un choix audacieux et logique qui permet de questionner la pression de l’âge et de la perfection physique dans le milieu du show-business et, plus généralement, dans la société. Demi Moore est peut-être l’archétype de l’actrice quinquagénaire ayant connu une belle carrière, qui s’est essoufflée au fil des années, supplantée ensuite par une nouvelle génération d’actrices plus jeunes, plus belles.
Demi Moore incarne également l’objectivation et de la déshumanisation que peuvent subir les actrices dans le show bizz et ce que cela à de destructeur en matière d’identité et d’ego.Le film explore la vulnérabilité du personnage d’Élisabeth, tout en dévoilant les sacrifices et les excès auxquels elle et son double sont prêts pour correspondre aux idéaux de beauté et de jeunesse, quitte à se perdre définitivement et à perdre son identité.Le film plaît car le scénario est bon et bien mené. Il est frais dans un milieu hollywoodien en panne d’inspiration depuis quelques années. Il plaît aussi parce qu’il donne le premier rôle à une actrice de plus de 50 ans qui ose se rendre vulnérable (Demi Moore y apparaît nue, sans fard, acceptant qu’on porte un regard cru et sans détour sur ce qu’est une actrice de 50 ans).
The Substance plaît car il offre un regard critique et ironique sur le milieu hollywoodien, connu pour sa vénération de la jeunesse et sa crainte du vieillissement.
Il plaît sans doute aux États-Unis (très bon démarrage et bonnes critiques) car les Américains apprécient ce genre de regard mi-amusé, mi-critique sur la société américaine et le milieu du cinéma.
Le film questionne avec brio notre obsession pour la perfection physique mais aussi celle des stars, que l’on s’attend à toujours voir tirées à quatre épingles. Ce film questionne notre relation conflictuelle avec le vieillissement et la manière dont notre société dévalorise l’imperfection.
La photographie est excellente, retransmettant des couleurs pop qui traduisent bien l’esprit de la ville et l’image de carte postale qu’on en a.
La fin du film est une débauche d’hémoglobine et de gore, pas si gratuite que ça, car elle exprime un Hollywood malade de toutes ses perversions et qui se prend tout en pleine face, ad nauseam.

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