Long time no see

Durant la majeure partie de la semaine dernière, j’étais à Paris. Il m’a fallu du temps pour apprécier cette ville. Depuis aussi loin que je me souvienne, Paris a toujours été anxiogène pour moi. Puis, à mesure que mes déplacements s’y sont multipliés dans le cadre de mon DIU, j’ai commencé à en tirer parti, à l’apprivoiser, tant et si bien que j’ai désormais des lieux qui me plaisent, mes incontournables. En matière de culture, Paris propose un large choix d’activités, et il va sans dire que cela ne peut que me séduire.

La semaine dernière a été l’occasion de revoir mon ami Alon que je n’avais pas vu depuis cinq ans… jour pour jour. La dernière fois que nous nous étions vus, c’était à Tel-Aviv. L’indolence de ces vacances allait bientôt être balayée par la pandémie de Covid-19 et le début du confinement, un peu plus d’un mois plus tard. Mes études, puis la guerre, allaient ensuite compliquer nos retrouvailles. Ces quelques jours ensemble ont été l’occasion de parler de ce conflit, ce que nous n’avions jamais réellement pu faire en détail jusque-là.

Voyager avec quelqu’un n’a pas toujours été simple pour moi. Je suis un peu solitaire dans l’âme, et voyager a longtemps été une démarche individuelle. Mes premiers voyages, je les ai faits seul : si je voulais partir, je ne pouvais compter que sur moi-même. Timide encore il y a quelques années, ce mode de voyage me convenait parfaitement. Il y a aussi une liberté totale dans le voyage en solitaire : celle d’aller à son propre rythme, de s’arrêter quand on le souhaite, de manger et de dormir à son aise. J’avoue avoir été, par le passé, assez boulimique de découvertes. Mes journées de visite se déroulaient souvent tambour battant, armé d’un planning que j’avais méticuleusement préparé avant mon départ, avec la volonté de tout voir, comme si je ne devais jamais remettre les pieds dans cette ville. « Les vacances ne sont pas faites pour se reposer », disais-je.

Dès mon premier voyage — Rome, une ville dont j’avais rêvé pendant des années —, j’ai néanmoins perçu les limites de cette solitude : l’impossibilité de partager certains moments et souvenirs avec quelqu’un. Je n’ai jamais aimé manger seul, non plus. En vacances, les repas perdent souvent leur dimension de plaisir pour ne devenir qu’une nécessité purement nutritive. Avec mon ex, les voyages n’étaient pas simples non plus, car j’étais incapable de céder à la oisiveté.

Pour toutes ces raisons, retrouver mon ami était une source d’appréhension. Allait-on réussir à accorder nos violons ? Comment avions-nous changé en cinq ans ?

Tous ces doutes, il les a balayés d’un simple :
— Hey. It’s me! C’mon

Je crois qu’avec le temps, je suis devenu un peu plus « easy-going » et nettement plus sociable.

Force est de constater que, hormis mes visites d’expositions habituelles, je ne prends jamais le temps d’arpenter les quartiers emblématiques de Paris. Alon, qui a visité la ville à cinq reprises, affichait un visage mi-inquisiteur, mi-amusé lorsque je lui disais que je n’avais jamais pris la peine de m’approcher de tel ou tel monument. Je n’avais jamais vu l’Arc de Triomphe d’aussi près, jamais contemplé sa beauté de si près, et je n’avais encore jamais mis les pieds aux Galeries Lafayette.

Nous avons su découvrir Paris ensemble, et je me suis donné pour mission de l’émerveiller un peu. C’est ainsi que j’ai dégainé la Samaritaine, l’exposition Chiharu Shiota au Grand Palais qu’il a je crois, fort apprécié, mais surtout la Sainte-Chapelle. Je crois y être parvenu.

Chiharu Shiota au Grand Palais

Amoureux de bonne chère, nous avons partagé de bons repas et de bons vins pour célébrer nos retrouvailles.

Visiter Paris, c’est aussi visiter ses églises. Et même si nous n’avons pas pu entrer dans Notre-Dame, nous avons exploré quelques édifices d’intérêt. L’un des moments les plus marquants de notre séjour restera sans doute la visite de l’église du Saint-Sépulcre, qui a donné naissance à cette blague mémorable :

— Ça va, Alon ? Tu ne fais pas une overdose d’églises ?
— Non, pas du tout… En fait, je sens mon prépuce qui repousse.

Le vendredi marqua la fin de notre séjour ensemble. Je suis resté à Paris pour le week-end.

Le samedi matin, je suis allé à la Maison de Victor Hugo. À vrai dire, je n’ai jamais aimé visiter les maisons, manoirs, hôtels particuliers ou autres châteaux où ont vécu X ou Y. Ces lieux m’émeuvent rarement. Mais cette fois, j’y suis allé alléché par l’affiche de l’exposition.

La Maison Victor Hugo présente actuellement le travail de François Chifflart, aquafortiste de talent, lié à l’auteur.

Le samedi soir, j’ai assisté à la mise en scène du Journal de Jean-Luc Lagarce au Théâtre de l’Atelier. J’y reviendrai ultérieurement.

Il y a eu les immanquables verres avec mes amis ours au bears’den.

Puis je suis rentré à Nantes, perdue dans une nappe de brouillard et une température de -1°C.

2 Comments

  1. Waooouh c’était vraiment riche en découvertes !!! C’est cool ça. C’est aussi plutôt dans ma manière de faire et penser de ne pas flâner dans une ville qui offre tant, mais d’en faire plutôt le plus possible (sans aller jusqu’à l’overdose, ce qui peut être une délicate alchimie quand on n’est pas seul).
    C’est aussi de mon côté après 20 ans à Paris, que j’ai découvert la Sainte Chapelle, quelle claque !!!

  2. Oui c’était riche en découvertes. Weekend un peu particulier plein de nostalgie mais la bonne en mode « saudade » brésilienne.
    Je crois qu’avec l’âge , je sais faire la distinction entre mes voyages solitaires qui sont et seront toujours importants pour moi et les voyages à plusieurs où je tempère mes ardeurs, sui un peu plus conciliant et me laisse un peu plus porter.
    Je ne sais pas pourquoi on ne parle pas plus de la sainte chapelle. Peut être parce qu’elle est dans l’enceinte du palais de justice et qu’il faut en réguler l’accès. C’est en tout cas un bijou de la capitale.

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