Revoir TENET

Je viens de regarder « TENET » une seconde fois près de 5 ans après l’avoir vu. Christopher Nolan fait s’entrecroiser plusieurs lignes temporelles: une conforme à notre conception du temps (du passé vers le futur) et une autre inversée dans laquelle l’entropie du monde est inversée, une conséquence précédant sa cause. Dans un futur plus ou moins lointain, l’humanité a acquis la capacité d’influer sur son passé. Pour faire simple : dans le futur, une technologie basée sur la radioactivité et permettant d’inverser l’entropie des personnes et des objets a été développé. Cette technologie repose sur une machine, créée afin de permettre aux Hommes de continuer à vivre en remontant le temps à rebours poil alors que la fin du monde s’approchait.
C’est vraiment un film a voir plus d’une fois pour comprendre vraiment tous les tenants et les aboutissants de l’histoire qui est assez riche et se base sur des concepts scientifiques relativement poussés. À sa sortie, c’était intéressant de lire les théories de fans du film. J’avais été impressionné par l’implication de certains à decripter l’histoire, schémas à l’appui.

Nolan s’entoure régulièrement de scientifiques afin de retranscrire des réalités physiques et des concepts aussi fidèlement que possible. Il s’amuse régulièrement à tordre des grandeurs physiques et biologiques.

Dans Inception : il s’attaque à notre conception de la réalité,  à la réalité subjective, au monde du rêve.
Dans Interstellar: l’espace et son exploration, les dimensions et l’amour transcendant les dimensions.
Dans TENET : le temps, la thermodynamique et l’entropie.

Ce qui est marrant c’est que Christopher Nolan y introduisait déjà son film suivant (Oppenheimer) et on ne voit le lien entre les deux films que des années plus tard. Cela montre à quel point Nolan distille ses films avec un fil conducteur et un plan qui s’étend sur plusieurs années: Inception (sortie en 2010) – Interstellar – TENET- Oppenheimer (2023).


Mais parlons plutôt du duo TENET-openheinmer.
Certes, Oppenheimer est une biographie du père de la bombe atomique et TENET une œuvre de fiction, mais du « cas » Oppenheimer découle toute l’intrigue de TENET. La mise en garde dans TENET est la même que celle à l’époque d’Openheiner: le monde cours à sa perte à trop vouloir être le « Prométhée déchaîné » théorisé par Hans jonas en 1979.
Dans son ouvrage Le Principe de responsabilité, Hans Jonas remet en cause le caractère illimité du progrès scientifique, technique et technologique dans laquelle se jette éperdument l’espèce humaine depuis toujours. On est alors en 1979, époque encore traumatisée par l’arme nucléaire et qui aperçoit alors les potentialités illimitées des biotechnologies. Il est alors question de clonage humain, d’OGM, de manipulations génétiques. L’humanité est grisée par les progrès que promettent les biotechnologies et Hans jonas est alors de ceux qui voient l’absolue nécessité d’ériger des garde-fous qui permettent d’empêcher l’humanité de se nuire. Il affirme la nécessité d’une nouvelle éthique globale, élargie à la planète entière et aux générations futures, qui protégerait ainsi l’être humain de ses propres dérives et excès.

« Le Prométhée définitivement déchaîné réclame une éthique qui empêche le pouvoir de l’homme de devenir une malédiction pour lui-même ». Hans Jonas.

Cette idée traverse TENET : l’inversion de l’entropie représente cette quête prométhéenne, où une technologie, bien qu’utile pour remédier aux erreurs du passé, peut devenir une arme aux conséquences incontrôlables capables de mettre en péril l’humanité.
Bein évidemment, quand regarde le film, on est tenté bien évidemment de dire que l’agent TENET est le gentil et Sator, l’ennemi qui pourrait bien être l’acteur de la troisième guerre mondiale en usant à mauvaise escient de cette technologie en inversant l’entropie.
Pour autant, de ce deuxième visionnage, j’ai un peu l’impression que dans TENET, la problématique est inversée : ce n’est pas notre présent qui craint le futur, mais un futur désespéré qui condamne notre époque pour son incapacité à anticiper les conséquences de ses actes. Dans TENET deux mondes ou plutôt deux paradigmes forts s’opposent et seul le dialogue final entre protagoniste et antagoniste permet réellement de le comprendre.
Un futur, dont on ignore tout finalement, représenté par l’antagoniste Sator reproche à notre époque de ne pas savoir garantir son futur. Notre époque est à l’origine de la destruction du monde à travers le réchauffement climatique, la montée des eaux etc et parce qu’elle est incapable de préserver son propre avenir, le future se voit contraint de se donner plus de temps en usant de cette nouvelle technologie, en inversant l’entropie et en faisant primer sa ligne temporelle sur la nôtre. L’agent TENET représente notre époque. Il est attaché à l’idée que notre époque peut se ressaisir et être responsable de son futur. Pire encore, il a la conviction qu’une seule marche n’est légitime : la marche en avant vers un futur aussi funeste soit-il. En réalité, qu’est-ce qui nous permet à travers l’histoire véhiculée par le film d’affirmer que les intentions du futur sont moins légitimes que les nôtres dans l’optique de préserver l’avenir de l’humanité? Pas grand chose.
Le film questionne la primauté de notre temporalité sur celle des générations futures. Cela invite à repenser notre responsabilité quant au futur des générations futures. C’est un sujet fondamental en éthique environnementale, notamment face à la crise climatique actuelle. C’est ainsi que la notion d’entropie inversée, bien qu’inspirée des lois de la thermodynamique, est ici une métaphore qui traduit notre tendance à vouloir réécrire le passé, corriger nos erreurs ou échapper aux conséquences de nos choix.

Dans Interstellar et TENET, le monde décrit est malade: Dans interstellar, la question de la crise climatique qui fait de la terre un milieu hostile est ce qui motive l’humanité à explorer l’univers dans la quête d’un meilleur future. Dans TENET, le futur demande des comptes de façon subtile et questionne notre responsabilité.

Comme à la fin d’inception et d’interstelar, on finit avec plein de questions et des lectures différentes d’une même histoire. Ces 3 films sont à mon sens captivants de ce point de vue mais également parce qu’ils nous forcent à nous interroger sur une fouletitude de notions physiques, philosophiques et métaphysiques.


Comme lors du premier visionnage, je reste persuadé que Neil est en fait la version adulte de max, le fils de Kat. La longue amitié dont parle Neil à la fin du film commence à partir du moment où l’agent TENET comprend que préserver kat et son fils est la clé de tout. Le message principal du film est énoncé dans les dernières minutes? Secondes?. L’avenir de l’humanité a toujours été l’amour d’une mère pour son fils. Dans l’amitié et le lien social. L’envie d’une mère de laisser un monde meilleur à son enfant. La fin de TENET replace l’humanisme à une place centrale. Cette vision humaniste rappelle que, même dans un contexte de catastrophe ou de progrès technologique, ce sont les relations humaines qui définissent notre véritable héritage, sont notre vraie boussole à travers le temps.
Christopher Nolan accorde une place centrale aux émotions dans ses œuvres, notamment à l’amour, qui constitue un fil conducteur récurrent, comme dans interstellar. Il explore également des liens mystérieux entre les personnages, des connexions inexplicables qui trouvent leur origine dans des interactions avec leur propre futur. Un message clair:  les sentiments transcendent les frontières du temps pour révéler un lien entre les générations et les différentes versions d’un même individu. Si Neil est Max, cela signifie que le protagoniste a influencé la vie de Max depuis son enfance, créant une boucle temporelle où les conséquences précèdent les causes. Cela illustre parfaitement le paradoxe temporel au cœur de TENET et renforce l’idée que nos actions dans le présent résonnent à travers le temps. Si dans Inception les rêves et réalités sont imbriquées l’une dans l’autre comme des poupées russes, dans TENET, les tenailles temporelles sont pareillement imbriquées. La relation tripartite entre kat-max(Neil)-TENET est la grande tenaille qui contient toutes les autres et conclu le film.

J’aimerais bien savoir ce que donnerait un film de Dolan Nolan à propos de l’intelligence artificielle. En effet, la mise en garde est la même : le Prométhée déchaîné s’inscrit dans une course effrénée vers l’intelligence artificielle la plus performante sans doute sans se préoccuper suffisamment de l’impact néfaste que cette technologie pourrait avoir sur notre humanité.
Un film de Nolan sur l’intelligence artificielle pourrait s’inscrire dans la lignée de ses œuvres précédentes, en explorant les implications philosophiques et existentielles d’une technologie qui, bien qu’issue de l’humanité, pourrait un jour la dépasser.
On sait d’or et déjà que ce ne sera pas son prochain projet puisque son prochain attendu en 2026 sera une adaptation de l’Odyssée d’Homère.


Ce qui est passionnant c’est que des chercheurs ont démontré ils y a quelques mois l’existence d’un « temps négatif  » à l’échelle quantique qui donne l’impression qu’une conséquence précède une cause et qui questionne la notion du temps comme on l’entendait jusqu’à maintenant.
https://www.nationalgeographic.fr/espace/physique-quantique-etrange-decouverte-du-temps-negatif-phenomene-sciences-recherche-decouverte
On est loin du voyage dans le temps, d’une technologie aussi aboutit que dans le film et d’un scénario aussi aboutit mais c’est assez cocasse quand la réalité rejoint un peu la fiction.

2 Comments

  1. L’Intelligence Articifielle, Crisse d’Ostie, pourquoi qu’tu veux m’faire bosser sur c’te sujet épais d’gnochon !!?

    (Je veux bien la timeline du film que tu as postée en résolution un peu trop faiblarde ? ^^)

    1. Oui bon c’est vrai que l’intelligence artificielle est une technologie et une connaissance maintenant trop mainstream pour qu’il en fasse un film. Mais j’aimerais bien que quelqu’un s’y attaque. Un truc à base d’intelligence artificielle, d’horreur de la fabrique de trombones et la théorie de l’illusion (de la simulation).

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