La mort du pape Clément IV en 1268 ouvre une période d’instabilité et de turpitudes au sein de l’Église romaine. Pendant 3 ans, les cardinaux ayant pour fonction d’élire le successeur de ce pape à la tête de l’Église romaine ne parviennent pas à trouver une entente.
On va alors leur forcer la main, d’abord en les enfermant durant leur délibération. Comme ce n’était toujours pas suffisant, on décide tout bonnement de les emmurer pour les isoler complètement. In fine, ils ne reçoivent comme seule alimentation que du pain et de l’eau… et ça marche. Finalement, en 1271, le collège des cardinaux finit par élire Grégoire X. Celui-ci, fortement marqué par cette crise, qui demeure la plus longue période sans pape, va très vite instituer une nouvelle règle : le successeur d’un pape sera dorénavant élu par les cardinaux placés « sous clé » : le conclave est né. Le mot conclave est dérivé du latin cum et clave, littéralement « avec clé ».
Grand bond dans l’histoire : enfant des années 90, Jean-Paul II, le pape infatigable, globe-trotter invétéré, est pour moi l’emblème des années au cours desquelles je reçois une éducation religieuse. À sa mort en 2005, je découvre tous les rites faisant suite au décès d’un pape et menant à l’élection de son successeur. Pendant quelques jours, je vis au rythme des images de ses funérailles retransmises à la télévision et au rythme des fumerolles noires qui s’échappent de la chapelle Sixtine à l’issue de chaque tour de vote avorté, jusqu’à ce qu’un jour, des fumerolles blanches s’échappent enfin, signifiant que les cardinaux ont désigné le successeur de Jean-Paul II.
Je me considère maintenant comme athée, mais une longue éducation religieuse ainsi qu’une mère relativement pieuse laissent « des traces ». Entrer dans un édifice religieux a quelque chose de précieux encore maintenant, et il y a un certain intérêt à décrypter les rites que les religions ont observés et conservés avec obséquiosité depuis des siècles.
Cette année est sorti le film Le Conclave, qui développe une sorte de thriller et d’enquête quasi policière dans le contexte d’un conclave.
Conclave est un film américano-britannique réalisé par Edward Berger et sorti en 2024. Il s’agit d’une adaptation du roman éponyme de Robert Harris.
À la mort du pape, le cardinal Lawrence est chargé de superviser le conclave destiné à élire son successeur. Tout semble se dérouler comme prévu jusqu’à l’arrivée inattendue de Vincent Benitez, un cardinal mexicain nommé in pectore (de manière secrète) par le défunt pape pour le protéger, compte tenu de ses activités dans des zones de guerre comme l’Irak ou le Congo. Cette nomination, initialement inconnue des autres cardinaux, chamboule le processus.
Les principaux prétendants au poste de pape incarnent différents courants au sein de l’Église :
Aldo Bellini, un libéral américain dans la lignée du défunt pape ;
Joshua Adeyemi, un conservateur nigérian ;
Joseph Tremblay, un traditionaliste canadien ;
Goffredo Tedesco, un réactionnaire italien opposé aux réformes du concile Vatican II.
Très vite, les intrigues et les manœuvres politiques se multiplient. Certains candidats cherchent à discréditer leurs rivaux tandis que d’autres tentent de manipuler les votes. Dans ce contexte tendu, Lawrence doit mener une enquête quasi-policière pour comprendre les véritables intentions de chacun et s’assurer qu’un successeur digne de ce nom soit désigné.
On va commencer par le bon point de ce film :
Je trouve qu’il retransmet assez bien l’atmosphère d’un conclave.
Le film a lieu à la fois dans la chapelle Sixtine, où sont organisés les votes successifs (sans que ne soit oubliée la fameuse fumée), et dans la résidence Sainte-Marthe, lieu d’habitation des cardinaux pendant cette période, deux endroits formidablement reconstitués dans les studios Cinecittà à Rome, car on ne peut évidemment pas filmer au Vatican.
Les éléments symboliques du conclave, comme la fumée noire signifiant un vote infructueux, l’urne, les bulletins marqués Eligo in Summum Pontificem, et la destruction de l’Anneau du Pêcheur, sont également fidèlement représentés, de même que les costumes.
Le film est souvent présenté comme un des meilleurs films de l’année et est nominé pour de nombreux Golden Globes, notamment celui du meilleur film dramatique, du meilleur scénario et de la meilleure réalisation. Pour l’heure, la liste des nominations pour les Oscars n’est pas connue, mais il y a fort à parier que le film sera là aussi beaucoup cité.
J’avoue avoir énormément de mal à partager cet avis concernant ce film que j’ai trouvé beaucoup trop tapageur sur le plan du scénario. Tout semble cousu de fils blancs.
La chapelle Sixtine devient une sorte de pot-pourri de personnages assez caricaturaux et on a très rapidement l’impression que le scénariste a voulu représenter un concentré de toutes les plaies qui gangrènent l’Église.
La corruption, les abus sexuels, la place de la femme principalement comme servante dans une des organisations les plus misogynes au monde, l’opposition entre réformateurs conscients des péchés qui accablent l’Église et veulent faire entrer l’Église dans l’ère de son temps, et les traditionalistes qui veulent revenir en arrière, la Curie romaine qui cherche à ramener systématiquement la couverture à elle, la relation avec l’islam et le terrorisme, le mariage des prêtres et la place de la femme, l’homosexualité… tout y passe. Tout semble être abordé, mais juste effleuré, et c’est bien là le problème de ce film : le manque de profondeur et d’intensité dans le traitement d’un événement qui concentre tant d’enjeux et de sujets complexes.
Tout est cousu de fils blancs.
Tous les réformateurs sont des mecs sympathiques, et plutôt anglo-saxons ou au moins latino-américains, tandis que tous les traditionalistes sont des ordures abjectes, en général européens ou africains anti-homosexuels ; les femmes sont globalement des victimes réduites au silence mais restent la variable d’ajustement qui insuffle un peu de justice dans cette institution.
Quand apparaît au début du film Vincent, nommé par le pape in pectore (dans son cœur) afin de le protéger puisqu’il évolue en Irak, pays à majorité musulmane et en guerre, on comprend très rapidement qu’il va jouer un rôle déterminant dans l’issue de ce conclave (et qu’il va devenir le souverain pontife).
Quand un attentat souffle les vitraux de la chapelle Sixtine où délibèrent les cardinaux, il obtient enfin son rôle à jouer alors qu’avant il n’a pu placer que 4 ou 5 répliques à peine.
« Ben oui, je viens de Kaboul, je suis le mieux placé pour dialoguer avec les musulmans, et je vous exhorte de vous rappeler ce que doit être l’Église : l’amour, la foi, la concorde entre les peuples et les religions et non le pouvoir. »
Avec cette fin moralisatrice et tellement évidente, on croit avoir tout vu, mais c’est sans compter un plot twist censé remettre en cause la légitimité du nouveau pape : il est intersexe et a un utérus et des ovaires.
Le jeu d’acteur de Ralph Fiennes, qui joue le rôle du cardinal Lawrence, est assez juste, de même que celui d’Isabella Rossellini, qui joue la mère supérieure.
C’était assez marrant de retrouver Ralph Fiennes dans un huis clos. Je l’avais en effet laissé dans le film « THE MENU » où il est également le protagoniste et évolue dans un huis clos (une île et plus précisément un restaurant gastronomique avec une poignée de clients fortunés). Il y campe le rôle d’un chef cuisinier assez barge qui a oublié le sens fondamental de son boulot. Ce film avait un scénario beaucoup plus élaboré et intense que Le Conclave.
Dans conclave, le talent de Ralph Fiennes ne suffit pas à compenser les faiblesses d’un scénario trop prévisible, sans profondeur, et un poil manichéen.
En conclusion, Le Conclave est un film visuellement réussi mais narrativement décevant, qui manque de profondeur pour traiter des sujets complexes qu’il aborde.
