Depuis le début des années 2010, on assiste à un retour du figuratisme et plus particulièrement à l’essor d’une avant-garde du figuratisme queer. Des artistes jeunes, queers, venant d’origines diverses, renouent avec une peinture figurative sensible, charnelle. Parmi eux, une génération de peintres gays se détache avec des œuvres tendres, colorées, parfois mélancoliques, toujours incarnées.
J’ai choisi d’axer cet article sur cinq de ces artistes qui constituent l’avant-garde du néo-figuratisme gay. Ces artistes — Louis Fratino, Doron Langberg, Salman Toor, Anthony Cudahy, Kyle Dunn — ne cherchent pas la provocation et ne revendiquent pas un militantisme franc dans leur pratique artistique. Ils ne fétichisent pas le nu masculin. Ils proposent une autre manière d’habiter l’image : plus douce, intime. C’est une sublimation du quotidien. Ce faisant, ils réattribuent à l’intimité gay une place qui lui a pendant longtemps été refusée.
Ce retour à la figuration peut être compris comme une réaction à la saturation du champ artistique contemporain par l’abstraction, le conceptuel, le post-minimalisme ou les formes numériques désincarnées. L’art contemporain, depuis les années 1970, se caractérise par l’omniprésence de la performance artistique, de l’installation, de l’abstraction. Ces œuvres sont souvent jugées illisibles sans un appareil critique extérieur. Leur la compréhension de ces œuvres nécessite des connaissances en matière d’histoire de l’art. L’abstraction est vu comme élitiste, et éloigné du corps et des émotions. Dans ce contexte, la peinture figurative se propose de réinvestir un peu le champ de l’émotion, des affects générés par une peinture incarnée, vibrante, plus humaine.
Ce retour à la figuration s’inscrit également dans la volonté des jeunes générations de représenter les corps queers dans leur réalité vécue. Comme je le disais précédemment, le corps, l’intimité des LGBT ont longtemps été exclus des cimaises du monde de l’art. Ces peintres dessinent une contre-histoire de la masculinité, du désir, de la mémoire affective queer, et donnent droit de cité à ces vécus.
Ce renouveau du figuratisme gay est aussi à analyser à l’aune d’un autre facteur, historique et politique, déterminant dans la communauté gay : l’épidémie de sida. Face à la disparition massive des corps homosexuels et à leur effacement symbolique dans l’espace public, de nombreux artistes ont eu recours à la peinture figurative comme un geste de mémoire, de deuil et de résistance politique au cours des décennies 80-90. Les avancées scientifiques en matière de soins des patients séropositifs et de prévention des contaminations, mises en place au début des années 2000, ont mis un terme à la véritable hécatombe qui avait meurtri la communauté LGBT. Dans le même temps, l’homosexualité est progressivement sortie de la clandestinité et du champ pénal. Bien sûr, tout n’est pas acquis, mais ces progrès ont permis de redessiner les contours du regard porté sur l’intimité queer. La peinture figurative peut désormais s’autoriser à aborder des thèmes plus légers, en résonance avec les revendications contemporaines du mouvement LGBT. L’heure n’est plus seulement à la dénonciation des discriminations auxquelles sont soumis nos communautés ou au deuil, mais à la visibilisation des identités et des relations queer dans ce qu’elles ont de plus concret : désir, douceur, quotidien, attachement.
Historique (express) de la peinture figurative gay : de l’inavouable à l’intime
L’art figuratif existe, pour ainsi dire, depuis la nuit des temps — et l’art figuratif gay ne fait pas exception. Bien que l’expression puisse sembler anachronique ou réductrice, on peut néanmoins considérer que les premières traces d’un imaginaire homosexuel figuratif apparaissent sur les parois des cavernes. Certaines représentations rupestres, notamment en Europe et en Afrique australe, figurent des actes sexuels entre individus de même sexe. Leur interprétation reste délicate : s’agit-il de scènes rituelles, de récits mythologiques, ou de simples enregistrements du quotidien ? Rien ne permet d’affirmer avec certitude que ces images avaient pour fonction de susciter un plaisir esthétique.
Il serait donc prudent de ne pas parler trop rapidement « d’art figuratif gay » à propos de ces images, dans la mesure où ni la notion moderne d’art, ni celle d’identité sexuelle, ne sont transposables telles quelles dans les sociétés préhistoriques.
Durant l’Antiquité, l’homosexualité masculine est largement représentée dans l’iconographie grecque. Les vases attiques à figures rouges ou les peintures sur les murs des lupanars représentent des scènes de pédérastie.
Le moyen âge est une période de repli et d’effacement. L’homosexualité est condamnée par l’Église. L’art figuratif se concentre sur le sacré. Un sous texte homoerotique subsiste dans certains représentations telles que celles de l’amitié viril entre David et Jonathan.
A la renaissance et jusqu’à la période classique, on voit réapparaître des figures nues et idéalisées. De nombreux peintres de cette période vont représenter les corps masculins entouré de tout un langage allusif et symbolique :nudité, gestes équivoques, proximité des corps.
A la fin du XIXe siècle, des peintres figuratifs glissent vers une iconographie gay dissimulée sous les codes du nu académique ou de l’Antiquité (éphèbes, baigneurs, gladiateurs). L’homoérotisme passe par l’allégorie ou le mythe, jamais par une représentation frontale.
Francis Bacon
Bacon (1909–1992) est sans doute le premier peintre majeur à être ouvertement homosexuel. Il marque donc une rupture franche avec ses prédécesseurs.
Dans une Angleterre qui pénalise encore l’homosexualité, il peint des toiles déchirées, destructurée qui incarnent une figuration de la souffrance, du désir et de la chair. En toile de fond, sa relation tumultueuse avec George Dyer.




David Hockney : vers une figuration plus solaire
Contemporain de Bacon mais opposé esthétiquement, Hockney peint des piscines, des amis nus, la Californie des années 70.
Il est l’un des premiers à représenter l’homosexualité comme une scène de vie, non comme un drame. Il passe progressivement de l’abstraction à une figuration claire.




Le choc des années SIDA.
Dans les années 1980-90, Patrick Angus et surtout Hugh Steers introduisent une peinture plus intime, plus narrative, profondément marquée par le contexte du sida. Angus documente la vie du monde interlope gay new-yorkais, avec une crudité tendre.








Steers, quant à lui, peint des malades alités, des corps nus, des gestes de soins, dans des scènes teintées de solitude, d’abandon. Une de ses toiles les plus poignantes montre un homme affaibli dans une baignoire. Beaucoup de ces tableaux reprennent le thème de la pieta.







Renouveau de l’art figuratif gay: Fratino, Langberg, Toor, Cudahy, Dunn
En écrivant cet article, j’ai choisi cinq artistes dont j’apprécie profondément le travail — évidemment, il serait difficile de m’attarder sur des créateurs dont je ne supporte pas l’œuvre. Ce qui les relie, malgré leurs différences esthétiques, c’est une esthétique de la douceur. Chez eux, la figuration devient un outil de réappropriation : de l’histoire, du désir, de la mémoire des identités gays.
Ils ne cherchent pas à provoquer pour provoquer, mais à rendre visible ce qui a été tu, effacé, ignoré, écarté trop longtemps des cimaises des galeries et des musées. Ils offrent une image sensible de la masculinité gay contemporaine, loin des clichés virils ou des narrations tragiques imposées par l’histoire de l’art et par les regards dominants.
Leurs œuvres parlent d’amour, de solitude, de moments partagés. Ça sent le stupre, le soufre, le désir aussi.
Ils incarnent une génération post-sida, post-Coming Out, qui n’a plus besoin de s’expliquer mais veux juste s’exprimer.
Louis Fratino: il faut imaginer un Picasso queer
Très prolifique, il est le chef de file de ce nouveau figuratisme gay.
Né en 1993 aux États-Unis, Fratino se forme aux Beaux-Arts de New York. Son style mêle modernisme européen (Picasso, Matisse), iconographie queer et scènes du quotidien. Il peint des couples masculins enlacés, des intérieurs chaleureux, des gestes tendres. Les corps y sont à la fois déformés et affectueux, stylisés mais profondément humains.







Ce qui frappe chez Fratino est la parenté formelle avec le Picasso proto-cubiste, notamment dans certaines toiles aux visages anguleux et regards obliques. Un de ses autoportraits rappelle explicitement les portrait de Picasso jeune au cours de ses périodes bleue et rose. Fratino n’a pas revendiqué cette influence directement, mais la proximité esthétique et la pratique multi-supports (peinture, céramique, gravure) évoquent cette filiation.
Comme Picasso, Fratino oscille entre art monumental et arts appliqués, entre le grand format muséal et l’intime d’une assiette ou d’un bas relief en terre cuite.










Sa participation à la Biennale de Venise 2024 comme représentant des États-Unis a marqué une reconnaissance institutionnelle majeure. Il y a agité le monde de l’art contemporain en proposant des oeuvres subversives et notamment un autoportrait où…il s’accouche lui-même.

Si cette visibilité est politiquement significative et on ne peut que s’en réjouir après des années d’invisibilisation, elle soulève aussi des tensions critiques : Fratino devient un artiste queer validé par les circuits hétéro-normés du monde de l’art. L’intimité queer, tendre, domestique qu’il représente — justement parce qu’elle est douce et non conflictuelle — devient consommable par un public hétérosexuel. Cette accessibilité m’interroge : faut-il se réjouir de voir les musées accueillir ces corps autrefois effacés, ou s’inquiéter du voyeurisme hétéro qui s’approprie sans comprendre ?
Cette question dépasse Fratino : elle concerne l’ensemble des représentations queer devenues mainstream, dans le cinéma, la musique, ou la mode. Le même mécanisme est à l’oeuvre quand les hétéros s’emparent de films queers (poke :call me by your name et consor).
Salman Toor
Né en 1983 au Pakistan, vivant à New York, Toor aborde les tensions post-coloniales, la mélancolie d’une diaspora ivre de vivre librement son identité. Sa palette, sombre et veloutée, crée une atmosphère de huis clos dramatique.
Sa peinture mêle esthétique baroque (Caravage, Fragonard) et scènes queer contemporaines : salons, soirées, intimités d’une chambre à coucher.









L’une des particularités les plus frappantes chez Toor est l’usage récurrent du vert profond. Cette couleur, au-delà de créer une atmosphère propre à l’artiste, porte une charge symbolique puissante. Elle évoque le drapeau du Pakistan, son pays natal, dont le fond est vert islamique. Elle résonne aussi avec le vert que l’on retrouve sur les drapeaux de plusieurs pays de la péninsule arabique, où l’islam structure fortement les normes sociales. Dans cette perspective, le vert devient chez Toor un marqueur d’identité complexe : à la fois origine, exil. Le vert signifie le poids de la culture et de la religion qui plane sur ces scènes de vie, ses intimités.






Ses œuvres dépeignent une jeunesse queer marginalisée, souvent clandestine, dans des scènes volées, intime, empreinte de tendresse ou de nostalgie. Ce sont des instants suspendus, des fragments de vie, de lecture, de repos, de connexion, comme autant de gestes invisibles dans un espace où l’homosexualité reste stigmatisée.
Persiste, dans la peinture de Salman Toor, la clandestinité dans laquelle il a vécu son homosexualité au Pakistan, mais aussi celle qui a entouré la pratique de son art et l’étude des grands maîtres de la peinture occidentale qu’il affectionne. Né à Lahore en 1983, Toor a grandi dans un contexte où l’homosexualité n’était pas seulement stigmatisée socialement, mais aussi criminalisée légalement. Dans un tel climat, l’affirmation de soi par l’art devenait un espace à la fois dangereux et nécessaire.
Cette clandestinité touchait également à sa formation picturale. S’immerger dans l’univers de Rembrandt, Caravaggio, Fragonard ou Manet n’était pas une démarche culturellement neutre dans le contexte pakistanais : c’était choisir d’entrer dans un canon artistique étranger, façonné par l’histoire coloniale, et de le réinvestir pour y inscrire des récits queer et celle de la diaspora pakistanaise.
Doron Langberg: neo-impressionnisme queer
Né en 1985 à Yokneam, en Israël, et installé à New York, Langberg est connu pour ses grandes toiles figuratives représentant des scènes intimes, homoerotique où la lumière et la couleur jouent un rôle central.

« Pour moi, être queers n’est pas seulement une expérience sexuelle, mais une manière d’être au monde qui touche à tous les aspects de ma vie. En utilisant des couleurs intenses ainsi que différentes textures et marques picturales pour représenter ces scènes du quotidien, je cherche à établir un lien avec le spectateur en m’adressant à nos points communs les plus fondamentaux — nos corps, nos relations, notre intériorité — plutôt qu’aux catégories sociales susceptibles de nous séparer. En créant ce lien, je veux que notre plaisir, notre amitié et notre intimité queer apparaissent vastes et génératifs, incarnant toute l’étendue des expériences humaines. ». Doron Langber




Sa peinture se rapproche un peu du neo-impressionnisme. Ce rapprochement ne tient pas seulement à une technique pointilliste stricto sensu. Le travail des empattement de couleurs donne un rendu vaporeux qui confère une luminosité au scènes dépeintes. L’air est saturé de vapeur, d’une lumière crépusculaire. Comme les néo-impressionnistes, il cherche à traduire non pas une simple lumière, mais une sensation lumineuse qui baigne la scène et modifie les contours.






L’artiste revendique une proximité avec le peintre Pierre Bonnard dont il admire la large palette chromatique. Ces autres inspirations sont Edvard Munch et van Gogh.

The bather -Doron Lansberg


Anthony Cudahy:
Né en Floride en 1989, Anthony Cudahy vit et travaille à Brooklyn, New York. Il est diplômé du Hunter College en 2020.
L’artiste incorpore dans ses œuvres des références très diverses : chefs-d’œuvre de l’art européen, archives queer, iconographie gay, récits personnel et familial. Parmi celles-ci, on trouve des clichés ou des portraits de sa communauté d’amis et d’artistes, les photographies tirées de l’archive de son oncle, des fragments de motifs de bestiaires du Moyen âge ou de tapisseries anciennes.





Chez Anthony Cudahy, les personnages apparaissent souvent seuls, dans une forme de retrait silencieux. Là où ses confrères — comme Doron Langberg ou Salman Toor — déploient des scènes de groupe, de désir ou de sociabilité, Cudahy capte l’instantanéité d’un portrait saisi sur le vif. Ses tableaux ressemblent à des photographies prises sans préparation, presque volées. Le visage y est central, frontal, comme un point de fixation. Ces regards semblent s’adresser directement à nous.
En cela, Cudahy invente une peinture de l’instant, à la fois documentaire et profondément sensible. Il devellopement un vocabulaire profondément romantique habité par la mélancolie, le désir, l’intime.
C’est une peinture du quotidien.
Au moment où j’écris cet article, je saisis un lien que je n’avais pas perçu précédemment.
On peut en effet rapprocher l’esthétique d’Anthony Cudahy du duo Quinnford & Scout. Ils ont posté pendant quelques années des scènes de leur vie quotidienne, avec cette lumière naturelle, cette frontalité des visages, une intimité dévoilée sans apprêt.









Chez Quinnford & Scout, comme chez Cudahy :
Il y a cette absence de mise en scène dramatique, qui laisse place à la banalité du quotidien qui se révèle très belle in fine;
Les regards frontaux deviennent une adresse directe au spectateur, créant un lien d’intimité et de vulnérabilité ;
La solitude ou la présence ténue de l’autre ne relèvent pas de l’isolement, mais d’une capture de l’instant, fragile et sensible ;
On pourrait dire que Cudahy transpose picturalement la même grammaire visuelle que Quinnford & Scout : il prend cette esthétique photographique de l’instant et la retranscrit avec la même instantanéité, fixée sur la toile.
Kyle Dunn: l’OVNI de cette sélection, entre hyperréalisme et surréalisme.
Né en 1990 dans le Michigan et basé à New York, Kyle Dunn développe une pratique figurative singulière .
Influencé par ses études de sculpture, Dunn ne se contente pas de peindre : il sculpte la peinture elle-même, la rendant presque palpable. Ces tableaux inclus des éléments sculptés (plâtre, mousse). Il puise dans sa vie personnelle, le quotidien de son appartement, la photographie gay vintage, le cinéma et l’Antiquité grecque.






Son univers visuel explore les affects masculins, la sensualité queer et l’ambivalence des relations : solitude, passion, mélancolie.
Le corps y est fragmenté, parfois allongé, parfois dédoublé, souvent entouré d’objets symboliques : verre d’eau, miroir, tablette, cigarette. Ces objets deviennent des objets métonymiques du désir. Un pilon repose dans un mortier; une poire écrasée suinte un nectar sucré ; une pomme est visible par la fente de son emballage de papier: elle cache les fesses du protagonistes du tableau. Une amaryllis phallique s’apprête à fleurir.

Ses œuvres jouent avec le double sens et le « dire sans dire », s’inscrivant dans une tradition d’expression codée de l’homosexualité (Oscar Wilde notamment) où le désir masculin est à la fois visible et caché.
Dunn donne à voir la vie quotidienne d’hommes gay avec une esthétique proche de l’hyperréalisme, mais toujours déformée, érotisée sans excès.
Il y a un certain surréalisme et une atmosphère onirique dans la peinture de Dunn. Il travaille la lumière avec précision pour créer des atmosphères intimes et dramatiques.
Ses tableaux intègrent plus encore le trompe œil et la nature morte classique.



Un figuratisme queer à la francaise?
Je me suis interrogé sur la scène figurative gay en France. Force est de constater qu’il n’existe pas vraiment d’artistes français de cette envergure qui créent de la peinture figurative dans la même mouvance que les artistes précités. Bien évidemment, je ne suis pas un expert et je n’écume pas les galeries d’art.
Un artiste français a cependant attiré mon attention :
Jean Claracq (né en 1991). Sans se revendiquer explicitement « gay figuratif », ses portraits de jeunes hommes dans des décors urbains miniaturisés portent une sensibilité queer et mélancolique. Il représente une jeunesse désabusée, hyperconnectée mais pourtant si isolée. Dans sa peinture se devine un sous-texte homoérotique, même si ce n’est pas le sujet principal de son travail.




Dans un article du Monde, il parlait ainsi timidement du fait qu’il ne peigne que des hommes :
Vous représentez toujours des hommes, pourquoi ce choix ?
Toute l’histoire de l’art, ce sont des hommes qui peignent des femmes, souvent avec un certain désir. La peinture reste une pratique sensuelle, et je sens la différence quand je peins des femmes et quand je peins des hommes. J’ai grandi entouré de femmes, j’ai quatre sœurs, toutes mes amies sont des femmes… Mais quand je peignais des femmes, ça toujours été un peu cata par rapport aux hommes. Ce n’était pas aussi beau parce que j’avais une charge érotique plus faible, et aussi un peu honte, je pense. Et puis, j’aime peindre des hommes. »





Le figuratisme gay en France reste moins institutionnalisé que dans le monde anglo-saxon. Les musées accueillent plus facilement des artistes queer étrangers que des Français. Les artistes queers évoluent plus volontiers dans l’underground ou dans le milieu associatif. Le rapport à la peinture figurative queer y est plus discret, feutré, presque honteux en comparaison des pays anglo-saxons. Claracq est emblématique de cette situation : son art est queer, mais il se refuse à le nommer.
Plusieurs facteurs semblent expliquer cette différence :
Une culture gay française plus tournée vers la littérature et la théorie : la peinture figurative, jugée moins « critique » par certains, est restée marginalisée.
Une frilosité institutionnelle vis-à-vis des artistes queers français : les institutions sont moins enclines à exposer des queers locaux afin de ne pas trop interroger les résistances et problématiques locales.
Il est possible que, dans les années à venir, une nouvelle génération d’artistes français ose plus explicitement revendiquer une figuration gay. Pour l’heure, la figuration gay en France demeure moins institutionnalisée, plus souterraine, et portée timidement par quelques figures isolées comme Claracq.

Oui