Thunderbolts est le 36ᵉ film Marvel et le dernier de la phase cinq du MCU.
Avec la fin du précédent cycle du MCU et l’opus « Avengers: Endgame », le monde a perdu les Avengers et se retrouve sans défense face aux menaces humaines et surnaturelles qui le peuplent. Valentina Allegra de Fontaine, directrice de la CIA, mène des expériences secrètes avec les laboratoires OXE dans le but de créer un nouveau super-héros capable de protéger le monde. Menacée de destitution, elle nie officiellement l’existence du projet et s’attache à supprimer toutes les preuves – matérielles et humaines – susceptibles de la compromettre.
Pour cette ultime mission, une équipe de mercenaires est envoyée : Yelena Belova, John Walker et Ghost. En cherchant à effacer toute trace du projet, ils découvrent qu’ils sont eux-mêmes des preuves compromettantes. C’est alors qu’ils se retrouvent face à « Bob », alias Robert Reynolds, un élément central du projet Sentry. Pour survivre et contrecarrer les projets de Valentina Allegra de Fontaine, ils devront s’unir. Ils seront rejoints dans cette tâche par le Soldat de l’Hiver et Red Guardian.

Le film est intéressant, et pour moi est le premier à participe au renouveau d’un MCU quelque peu moribond depuis la fin de la phase précédente. On découvre comment une bande d’anti-héros se structure, gagne en assurance et en légitimité, jusqu’à devenir, in fine, les nouveaux Avengers.
L’intrigue offre une métaphore presque psychanalytique : dans un monde où les repères ont explosé, où les figures tutélaires (Iron Man, Captain America…) ont disparu, ce sont désormais les figures marginales, des anti-héros aux fragilités mentales assumées, qui prennent le relais.
L’un des apports majeurs du film tient à sa manière d’aborder les troubles psychiques de manière frontale. Certes, Thunderbolts reste une superproduction Marvel, avec son lot d’explosions et d’humour, mais le traitement de certains personnages – notamment Yelena et Bob – permet de développer un questionnement sincère sur la santé mentale. C’est à la fois troublant et novateur pour une production de cette envergure, et peut-être le signe que la santé mentale devient de moins en moins taboue.
En regardant ce film, j’ai instantanément pensé au travail du Dr Jean-Victor Blanc, jeune psychiatre à l’origine du festival Pop & Psy, de chroniques et de vidéos qui abordent la santé mentale sous l’angle de la pop culture. Il est aussi l’auteur de Pop & Psy : Comment la pop culture nous aide à mieux comprendre les troubles psy (JC Lattès, 2021). Il tente de répondre à une question essentielle :
Comment la pop culture parle-t-elle de santé mentale ? Est-elle un vecteur de stigmatisation ou, au contraire, un médium capable de véhiculer une image plus juste et positive des pathologies psychiques ?
Ça n’a pas manqué : il a consacré consacrer une chronique au film dans Le Magazine de la santé de France 5. Il s’est concentré sur le personnage de Yelena, mais le personnage de Bob est tout aussi intéressant, sinon plus.
Yelena Belova ne parvient pas à surmonter le décès de sa sœur. Elle reste engluée dans un métier de mercenaire pour lequel elle a été conditionnée depuis l’enfance, mais qui ne lui procure plus aucun plaisir – on parle ici d’anhédonie. Elle peine à trouver un sens à sa vie, assaillie par des pensées noires (on parle de tristesse de l’humeur).
Mine de rien, en quelques minutes à l’écran, le film donne à voir deux critères diagnostiques majeurs de la dépression, notamment au travers d’une scène de psychothérapie express et cocasse avec une de ses victimes (qui ne peut évidemment lui être d’aucune aide, d’autant qu’il est bâillonné… et a priori pas psychiatre).

Bob, alias Robert Reynolds, est un homme sans repères. Ancienne victime de violences intra-familiales, il sombre dans la toxicomanie à l’âge adulte. Complètement stone dans une rue d’Asie, il accepte de devenir cobaye pour le projet Sentry.
Mais que se passe-t-il lorsqu’on injecte une substance conférant des capacités surhumaines à un homme psychologiquement instable ?
Ses blessures, ses failles persistent (à demi mot).
C’est là toute l’ambiguïté du personnage, et le cœur de l’intrigue du film.

Bob présente des signes nets de bipolarité : alternance d’épisodes maniaques (périodes d’exaltation, de toute-puissance) et de phases dépressives sévères. Il décrit lui-même ces fluctuations : « des hauts vraiment hauts » et « des bas vraiment bas ».
À cela s’ajoutent des éléments dissociatifs : Bob ne contrôle pas toujours ses actes et doit composer avec The Void, une entité intérieure destructrice, personnification de sa pulsion de mort. En présence de The Void, la véritable personnalité de Bob semble retranchée dans un recoin de sa psyché. Il redevient cet enfant blessé, accablé par la culpabilité, la tristesse et les ruminations.
L’addiction est une comorbidité fréquente chez les patients atteints de troubles psychiatriques, notamment les troubles bipolaires. De même, les violences intra-familiales figurent souvent dans les trajectoires de vie des patients souffrant de troubles dissociatifs de l’identité ou de bipolarité.
Souvent comparé à Superman par la démesure de ses pouvoirs, Sentry est l’un des plus puissants héros de l’univers Marvel. Mais à l’inverse, The Void, son alter ego, est une force destructrice incontrôlable.
À chaque moment d’exaltation où ses pouvoirs sont au service du bien, succède un moment où cette autre identité prend le dessus.

Ça peut paraître nunuche, mais le film montre la force du collectif, de la nécessité de rompre l’isolement, de se faire aider pour sortir dans l’état de stupeur suscité par la dépression. Le collectif, dans ce contexte, apparaît comme un contrepoint à la solitude pathologique.
Dans thunderbolts, on assiste à un renversement des figures traditionnelles du super-héros pour y intégrer des personnages psychologiquement fragiles. Le super héro est construit à partir d’un individu cabossé, ayant conscience de ses limites et de ses fragilités psychique. Il n’est plus l’individu sur de lui, infaillible et invincible.
Le film ne propose pas un affrontement manichéen entre le bien et le mal comme dans de nombreux opus précédents : le mal s’immisce au coeur même des super héros et chacun doit faire face à sa face sombre et le « méchant » du film fini par être un des héros.
