Gay tribes

Au sein de la commu gay, il y a de nombreux tribes, ou tribus en français. Ce sont des sous-groupes ou cultures qui catégorisent les gays, souvent en fonction de critères physiques, mais aussi en fonction de certaines inclinations morales, psychologiques ou de certaines habitudes. Ces catégories créent une sorte d’esprit d’appartenance, qui est salutaire pour certains gays. C’est notamment le cas de la tribu des bears, qui regroupe plutôt des gays gros, poilus, à l’origine relativement discriminés avant d’acquérir leurs lettres de noblesse depuis quelques décennies.

Ces tribes contribuent aussi à codifier et matérialiser les effets de mode, si j’ose dire, entre les différents sous-groupes : c’est ainsi que nous sommes actuellement sous l’ère des rapports entre daddy et twinks.

Comme je le disais plus tôt, ces tribus se basent essentiellement sur des caractéristiques physiques, souvent résumées par un animal totem.
J’ai du mal à me positionner dans le bestiaire gay. Entre les ours (polaire, ours brun, et autres pandas…), les loups, les loutres ou les twinks, il n’est pas toujours très évident de se situer.

Je suis noir, 1m82 pour 82 kg (je me suis pesé récemment et c’est la première fois que je pèse autant). Passé l’effroi de l’annonce, je gère assez bien cette prise de poids. Si l’on en croit mon IMC, je ne suis qu’à 2 ou 3 kilos du surpoids, et il y a quelques années, j’avais lu que pour correspondre à la définition du bear (l’une des catégories phares), il fallait peser plus que les décimales de sa taille. J’ai un peu de mal à me reconnaître dans cette catégorie : factuellement, je ne suis pas costaud, pas trop poilu. M’identifier à cette tribu serait porter une insulte à ceux qui y ont légitimement plus leur place. D’aucuns diront que je suis un chaser (c’est-à-dire un chasseur d’ours), mais à mon sens, il ne s’agit pas d’un tribe à proprement parler — mais nous y reviendrons.

Peut-être devrais-je plutôt revendiquer mon appartenance aux otters (loutres).

Bref. Histoire de vous retrouver un peu plus dans l’ensemble des tribes, je me suis donné pour objectif de dresser une liste des tribus les plus connues.


LA TRIBU BEAR

La tribu la plus connue, la plus vaste et la mieux structurer est celle des bears (ours).

La communauté bear naît aux États-Unis dans les années 1980, en réaction au culte du corps lisse et musclé promu par la culture clone ou Castro clone.

Le Castro clone est une figure emblématique de la masculinité gay des années 1970-1980, qui se développe à partir du Castro — le quartier gay emblématique de San Francisco — conjointement au développement des mouvements pour les droits LGBT à compter des émeutes de Stonewall en 1969 à New York. Il incarne une réponse visuelle et politique en rupture avec les stéréotypes efféminés longtemps associés à l’homosexualité masculine dans les médias et la psychiatrie, et comprend la réappropriation de la virilité par les hommes gays et la construction d’une communauté visible, codée et unie à travers une esthétique reconnaissable dans l’espace public.

Cette esthétique s’inspire à la fois des travailleurs manuels, de la mode militaire et du porno gay. Elle comprend l’usage du fameux jean moulant Levi’s 501, du t-shirt blanc, des bottes de travail et le port d’une moustache épaisse (la pornstache des années 70). Les dessins et l’imaginaire déployés par Tom of Finland sont emblématiques de cette esthétique Castro clone, qui trouve aussi une large expression dans le porno de ces années-là, notamment à travers les studios Colt ou Honcho, etc.

Cette culture clone a très rapidement été critiquée pour son uniformité, son culte du corps, son exclusion raciale (centrée sur le corps blanc) et son élitisme corporel. C’est précisément en réaction à cette domination du modèle clone que sont nés les bears.

Les bears ont d’abord été perçus comme des outsiders. Il s’agissait d’hommes gays en surpoids, poilus, barbus, souvent âgés, célébrant une esthétique plus proche du prolétariat viril que du modèle gym-tonic californien.

En France, le mouvement gay est postérieur au mouvement américain. Dans les années 80, les bars communautaires parisiens reprennent un peu l’esthétique clone et cuir. Il faut attendre les années 90 pour que la communauté bear prenne son essor, et l’ouverture du Bear’s Den en 1990 va donner un point de ralliement aux bears de la capitale et à ceux de province transitant par Paris. Beaucoup de grandes villes disposent d’associations et de lieux communautaires dédiés aux bears.
À Nantes par exemple, où l’association Bear and Cie (pour les bears et ceux qui les aiment) organise régulièrement des rendez-vous et des sorties, même s’il n’y a pas de bar exclusivement bear dans la ville.

La communauté bear est assez développée au niveau international :
De nombreuses grandes villes ont leur Bear Week, leur Bear Pride. Sitges et les îles espagnoles sont de hauts lieux de villégiature bear.

Parmi les ours, on distingue des sous-tribus :

Cub ou ourson :

Jeune bear (ou à l’apparence plus jeune), parfois (mais pas toujours) avec une carrure plus fine. Il a en général moins de 30 ans.

Polar bears :

Ils comprennent les bears d’âge mûr. La bonne cinquantaine et plus, ils arborent une toison blanche ou grise, aussi bien au niveau de la barbe que de la pilosité corporelle, ce qui les rapproche de l’ours polaire.

Muscle bear :

Les muscle bears sont gros et musclés, c’est-à-dire qu’ils ne vont pas avoir une définition musculaire (les muscles dessinés) aussi marquée que les wolves. Ils se trouvent à l’interface entre les bears et les wolves.

Chub :

Désigne un mec corpulent, pouvant être qualifié d’obèse, pas forcément poilu ou barbu. Ces hommes forment une sous-culture spécifique au sein de la communauté gay.

Manatee (Lamentin) : Les bears étant relativement poilus, les Lamentins désignent les bears sans pilosité développée.

Pocket Bear – Ours de poche : Un ours relativement petit.

Leather Bear – Ours en cuir :

Un ours fétichiste du cuir et/ou adepte du bondage et du sadomasochisme (BDSM).

Chaser ou admirer : le chasseur ou l’admirateur
il n’est pas un ours  mais est attiré par les ursidés. Ce n’est pas vraiment à proprement une identité ou une tribu selon moi mais une position relationnelle qui définit un goût, un tropisme.
Elle peut se combiner à d’autres identités : un twink chaser, un loup chaser, etc.
Un chaser est juste un membre d’une autre  tribu qui affectionne particulièrement les ours.

Les gainers

Comme le leather Bear, le gainer se situe à la limite entre tribe et kink:
C’est au départ un kink, un fetish mais qui progressivement est à l’origine d’une tribu. Le gainer est celui qui éprouve un certain plaisir à prendre du poids. Les gainers sont de tous les gabarits et leurs fantasmes, objectifs et idéaux peuvent varier du look « 10 kilos de trop » à l’obésité. Pour arriver à celà, ils aiment être nourris par un « encourager ». Un encourager est un mec qui est attiré par l’idée ou l’acte d’aider quelqu’un à prendre du poids. Les encouragers sont de tous les gabarits, gros, musclés ou minces, et beaucoup de gainers s’identifient également comme encouragers. Ils vont nourrir les gainers parfois à travers des repas qui ressemblent plus à du gavage qu’autre chose. À l’instar des admirers de bears, il y a des admirers de gainers. Un « maintainer » est un gainer qui est satisfait par le gain de poids qu’il a atteint et le stabilise.
De façon caricaturale, un gainer à le physique d’un bear ou d’un chub assez ventru : l’alimentation « non naturel » du gainer entraîne une distention de l’abdomen.

Trans Bear –un mec trans ayant une corpulence forte et une pilosité importante.

Ursula ou lesbear – Femme lesbienne qui s’identifie à la culture bear. Si on doit jouer avec les clichésw c’est la camionneuses qui va trainer au sein de la communauté bear. J’en ai déjà croisé une fois, à Paris.

Certaines sous-tribus se définissent en fonction de critères raciaux ou culturels : pandas, big boys, Latinx chubs…

Les Big Boys

Terme afrocentrique désignant des bears, en particulier ceux d’origine africaine ou afro-américaine. Leur reconnaissance répond à l’effacement fréquent des corps noirs dans les imaginaires gays, en particulier dans la scène bear longtemps dominée par des corps blancs.
Pour plus d’informations :
https://bearworldmag.com/opinion-bears-of-color-we-must-allow-ourselves-to-take-up-space/

Les Pandas :

Le panda n’est autre qu’un bear venu d’Asie ou des îles du Pacifique. Il est souvent moins poilu que ses congénères occidentaux.

Les Latinx chubs : Désignent les chubby d’origine latino-américaine. Cette désignation peut revêtir une dimension communautaire, en particulier dans les grandes villes des États-Unis où les Latinos sont présents en nombre dans la communauté gay (ex. : Los Angeles, Houston).
Ces tribus permettent de mettre en avant des minorités raciales, en réponse à une invisibilisation historique des personnes racisées dans les standards de beauté gays dominants.
Mais à l’inverse de cette reconnaissance salutaire, le risque est de verser dans un certain orientalisme ou une fétichisation des corps et des sexualités de personnes racisées.

De nombreux travaux en sociologie et en études queer ont analysé cette dynamique et mettent en évidence :

– Une hypersexualisation des hommes noirs : présentés comme puissants, virils, bien membrés – parfois avec des fantasmes d’agressivité ou de domination (réminiscences de stéréotypes racistes).

– Une fétichisation des hommes asiatiques : réduits à une sexualité passive, douce, effacée, ou valorisés uniquement pour leur « mignonnerie ».

– Une exotisation des Latinos : les hommes latino sont souvent perçus comme passionnés, chauds, dansants, expressifs.

Il n’est pas rare que les utilisateurs d’applications de rencontre (Grindr, Scruff…) affichent des préférences raciales explicites (« no Asians », « no Blacks », etc.) ou, au contraire, des fétichismes raciaux (« into Black muscle bears », « Asian chub lover », etc.).


Gravitant autour du noyau Bear, on retrouve les loutres, les loups et les taureaux. Pour certains, ils font partie intégrante de la communauté Bear, pour d’autres, bien qu’entretenant des liens plus ou moins étroit avec eux, ils forment des tribus qui ont leurs identités et existences propres. Compte tenue de la discrimination qu’ils orchestrent contre les bears et de celle qu’ils reçoivent des bears, le mélange est parfois compliqué.

Ils n’ont pour ainsi dire rien à voir avec les twinks.

Je considère volontier qu’il s’agit de tribus à part entière, qui évolue entre bear et twink et de manière plus où moins solitaire..comme les loups.

Otters (loutre)

La loutre est jeune, relativement mince ou à la fine carrure, est poilue et barbu.
La loutre est une figure d’entre-deux. Moins musclée qu’un loup, moins massive qu’un ours, mais poilue, mince ou sèche.
Il naviguent depuis des années entre le monde qui leur est résolument fermé des Twinks et celui des Bears par lesquels ils sont tolérés mais jamais entièrement intégrés. La reconnaissance et la montée en puissance des loutres est assez récente. Même les applications de rencontres ignoraient complètement la loutre il y peu. Pendant longtemps ignorée par les applications ou les imaginaires mainstream, elle a récemment trouvé sa place.

Wolf (loup)

Homme gay avec une pilosité corporelle et faciale marquée, à la silhouette musclée, athlétique et élancée. Il a plutôt la quarantaine, cinquantaine.

Bull (taureau)

C’est le mec très musclé et sec.
L’évolution supérieure du wolf à ceci prêt que la pilosité faciale ou corporelle n’est pas un critère d’appartenance à cette catégorie. Ils ont un corps massif, musclé, sec, parfois fétichisé dans les univers BDSM ou porno.


LA TRIBU TWINK

A droite, un drapeau de la communauté bear, à gauche, un drapeau de la communauté twink

Le twink

À l’opposé du spectre, on trouve les twinks, ou minets. Ils sont relativement efféminés, volontiers imberbes ou rasés/épilés de près. Les twinks sont plutôt minces, jeunes. Ils sont volontiers passifs. Dans le monde anglo-saxon, ils n’ont pas d’animal totem, mais en France, on peut leur attribuer la crevette.

Le twink archétypal et très assumé est Troye Sivan. Et comme le dit si bien Dua Lipa « every girls need a twink »

L’origine du mot twink est incertaine et polysémique. Plusieurs hypothèses ont été avancées :

Il pourrait dériver du terme britannique twank (années 1920), désignant un client de prostitués ou un homme entretenant des relations avec des partenaires plus âgés.

Il pourrait provenir du surnom twinkletoes attribué à des personnages efféminés dans des romans de la fin des années 1910.

Une autre interprétation populaire mais controversée le relie au twinkie, une génoise industrielle fourrée à la crème, considérée comme « savoureuse mais sans valeur nutritive », ce qui renforcerait la connotation de superficialité sexuelle du twink.

Certains y voient un acronyme : « Teenage, White, Into No Kink », décrivant un jeune homme blanc, sans kink, plutôt branché vanila.

Le twink s’est imposé dans les imaginaires collectifs à travers la massification de la pornographie gay, surtout depuis les années 1990. Des Studios comme Helix Studios (USA), French Twinks (France) ou BelAmi (Slovaquie) ont bâti leur notoriété sur cette figure. Le twink y est souvent représenté comme docile, peu intelligent, passif.

Malgré sa visibilité, le twink ne s’organise pas en communauté sociale structurée, à la différence des bears qui disposent de bars, festivals et groupes de sociabilité bien identifiés depuis les années 1980. Le twink incarne plutôt un archétype médiatique représentant beaucoup des stéréotypes attribués aux homosexuels plutôt d’une sous culture à part entière.

Le Twunk

Twunk est un mélange de twink et de hunk – un homme musclé – le twunk pouvant ainsi être considéré comme un « twink musclé ».

Le twunk est l’évolution naturelle du twink.

Aux alentours de 25 ans, les twinks connaissent leur «twink death ». La crevette mue. Elle se met à la musculation et cesse de dompter ses poils. Cela coïncide un peu avec la fin de l’adolescence. Le twink devient alors un twunk, une crevette musclée, plus affirmée. C’est un peu la fin de la paiderastia grecque si l’on doit faire un parallèle avec l’Antiquité et la fin du statut d’erômenos.
Les préférences sexuelles s’affirment : un twink volontiers passif peut, par exemple, devenir actif ou versa à la faveur de son évolution.
À la trentaine, le twunk entamera de nouveau une mutation, plus ou moins longue, qui lui permettra d’entrer dans une nouvelle tribu (otter, cub, muscle bear…).


Beaucoup de mecs mettent en avant sur les réseaux sociaux leur twink death.

Illustration très probante d’une twink death puis de son évolution vers le Twunk puis une forme plus affirmée

Mustache bottom

Depuis peu, une nouvelle tribu émerge et tantôt se superpose, tantôt succède aux twunks.
Il s’agit du bottom moustache : un twink plutôt passif qui arbore, au-dessus de sa lèvre supérieure, une moustache stylisée.

Le phénomène est assez récent: est-ce une sous tribu du twunk ou une tribu à part entière ? Personnellement, je penche pour une sous tribu qui ne fera pas long feu.

Vers une histoire naturelle gay?

Tout gay ne passe pas par toutes les tribus à mesure qu’il vieillit.
On peut ainsi être un bear toute sa vie, de sa naissance dans la vie gay jusqu’à sa sortie de scène.
Mais si nous devions tracer une histoire naturelle du gay, elle pourrait ressembler à ça :

Twink > Twunk > (Bottom Moustache) > Otter > Wolf > Cub > Bear > (chubby)>Polar Bear.

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