C’était toi

« Oursi, ourson, ourzoula. Je voudrais que tu sois là. Que tu frappes à la porte. Et tu me dirais : c’est moi. Devine ce que je t’apporte. Et tu m’apporterais toi. »

Ces phrases me touchent au cœur.

J’ai un peu envie de vivre cette attente de l’être aimé : attendre derrière la porte, anxieux, excité d’une excitation toujours nouvelle. L’attente de l’ourson nostalgique. De l’enfant qui attend le Père Noël.

Mais voilà : si je ressens l’absence d’un autre, cet autre ne saurait avoir de visage. L’amour n’est jamais qu’une longue attente. L’image galvaudée d’un hall de gare où l’on attend un train sans trop savoir lequel, ni qui sera dedans, ni même où il nous conduira.

Il y a quelque part quelqu’un que j’aurai attendu une éternité, sans cesse renouvelée, sans jamais le connaître, sans jamais lui avoir mis un visage.

L’attente est douloureuse parce que personne n’est là, mais elle est aussi douce parce que toutes les possibilités sont encore ouvertes. Tant que personne n’est arrivé, tout peut encore arriver. Aucun visage ne vient refermer le champ des possibles.

Et puis il y a Nougaro, dans Le Cinéma, qui semble reprendre cette même attente fébrile. L’attente de l’amour : ce cinéma à moindre coup.

« Parfois on sonne, j’ouvre, c’est toi. Vais-je te prendre par les hanches. Comme sur l’écran de mes nuits blanches. Non, je te dis « Comment ça va ? » Et je t’emmène au cinéma. »

Oursi, ourson, ourzoula.
Comme une incantation magique enfantine.
Un mot que l’on murmure pour faire apparaître quelqu’un.


Oursi, ourson, ourzoula.
Comme si, à force de le répéter, quelque chose allait finir par arriver. Comme si la porte allait s’ouvrir. Comme si quelqu’un allait frapper.


Oursi, ourson, ourzoula.
Le petit ours qui attend. L’enfant qui attend le Père Noël. Celui qui sait que quelqu’un doit venir, mais qui ne sait pas encore qui.


Oursi, ourson, ourzoula.
Et derrière la porte, peut-être toi.


Oursi ourson ourzoula
Je voudrais que tu sois là
que tu frappes à la porte
Et tu me dirais c’est moi
Devine ce que je t’apporte
Et tu m’apporterais toi 


Depuis que tu es partie
j’ai de l’ennui tout autour 
ça me ravage le foie
beaucoup mieux qu’un vrai vautour
Et je ne sais plus quoi faire


Alors j’ai pris tes photos
je les pendues au mur
Et j’ai dit regardez-moi
avec vos yeux d’autre part
Ce sont les seuls yeux du monde
Dans lesquels j’ose le voir


Le Bärchen était au mur
Et il s’est mis à pleurer
parce que j’étais si triste
il voulait me consoler


Les autres peuvent me dire
des choses, des choses, des
choses mais que j’oublie vite
toi je sais ce que tu dis 


Je me rappelle ta voix
Je me rappelle tes mots
Je t’ai suivie à la gare
je suis monté dans le train
mais il est parti tout seul


Tu disais que je m’en aille
pour ne pas que je m’ennuie
en attendant sur le quai
Plus jamais une seconde
plus jamais sans te toucher


savoir que tu es si loin
ne pas pouvoir y aller
mais comme un pauvre imbécile
Je disais  pour quelque jours
se séparer, c’est facile
après tout, s’il arrivait
que tu partes en tournée
Il faudrait nous habituer 
mais tu vois si j’étais bête …


Car on ne s’habitue pas
à crever, même en six mois.


Oursi Ourson Ourzoula
Je voudrais que tu sois là
Tes talons dans l’escalier
feraient le bruit que je guette
et tu serais dans mes bras


C’est dimanche, il est huit heures
Et je ne veux pas sortir
Et je m’ennuie à mourir
Alors je t’écris, mon ange


Une chanson du dimanche


Une chanson pas très drôle


Mais on y rajoutera
Mardi soir, un grand couplet


Viens dormir sur mon épaule
et on ne dormira pas

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