Sur Disney+, une mini-série de quatre épisodes de moins d’une heure retrace les années parisiennes de Cristóbal Balenciaga.
Né le 21 janvier 1895 à Getaria et mort le 23 mars 1972 à Xàbia, Cristóbal Balenciaga est un couturier espagnol. Fuyant la guerre civile espagnole en 1936, il est contraint d’abandonner ses trois maisons de couture et de trouver exil en France.
Il ouvre sa maison parisienne au 10 avenue George V avec l’aide d’un couple de mécènes espagnols également exilés en France.
La série raconte donc les débuts de la maison parisienne. Au cours du premier épisode, on comprend comment Balenciaga parvient à établir un style qui lui est propre. Il se plonge dans les traditions de son pays, allant tantôt puiser dans le vestiaire des paysans, tantôt dans celui des bourgeois, du clergé ou encore de la tauromachie.










Très vite, les affres de la guerre le rattrapent lorsque Paris est occupée par les Allemands en 1940. Estimant que la mode est apolitique, il ne se prononce pas réellement ni pour ni contre la politique allemande et le nazisme. Les activités parisiennes du couturier ne sont pas arrêtées par l’Occupation. Il restreint cependant sa clientèle à quelques habituées de la maison. Sa seule priorité est de ne pas fermer la maison.
C’est assez saisissant de découvrir la personnalité de ceux qui ont constitué les grandes maisons que l’on connaît encore de nos jours.
Balenciaga était respecté de tout Paris et de ses pairs. Coco Chanel est l’une de ses amies. Elle considère que c’est « le seul couturier existant », considérant tous les autres comme de simples « dessinateurs de mode ». On découvre une Coco Chanel admiratrice du travail du couturier, une amie, mais aussi une adversaire carnassière, capable d’un double discours en fonction de ses interlocuteurs, incapable de supporter qu’on dise non à ses caprices. Elle a indéniablement contribué à l’établissement et à l’intégration de Balenciaga, mais ne lui a pas fait de cadeaux.
L’arrivée de Christian Dior est un électrochoc dans le monde de la mode parisienne et mondiale avec son « New Look ». On y voit un sérieux adversaire à la maison Balenciaga. Derrière ce géant de la mode, on découvre pourtant un homme relativement taiseux, une espèce de grand dadais aux joues rose, toujours mesuré, léger. Balenciaga est la raison de son entrée dans le monde de la mode. Il lui voue une grande admiration. Christian Dior contribuera grandement au retour de Balenciaga à la couture après la mort de Wladzio.
De nombreux couturiers ont fait leurs classes chez Balenciaga, Courrèges notamment. Balenciaga prendra également sous son aile Givenchy. L’admiration est réciproque entre les deux hommes. Balenciaga deviendra son mentor. Les intentions de Balenciaga sont cependant assez floues : y voit-il un héritier ou espère-t-il également en être l’amant ?
La série prend pour point de départ l’interview que Balenciaga donnera à Prudence Glyn quelques années avant sa mort. C’est la seule interview qu’il ait jamais donnée. Balenciaga est un homme qui a toujours cultivé la discrétion. Il n’existe que peu de photos de lui, une interview donc, peu de sorties mondaines. Il y a quelque chose d’instinctuel dans la couture de Balenciaga. La seule chose qu’il souhaite avant tout est créer, il ne sait pas expliquer son travail ni ses inspirations.
Balenciaga apparaît très caractériel, un « control freak » qui veut tout gérer, de l’idée au croquis, en passant par la conception, les photos, les défilés et la direction que doit prendre la maison. Il ira jusqu’à faire confectionner un tissu uniquement pour lui, le Gazar, un tissu qui se pliera, pour ainsi dire à ses volontés. Le tissu qui lui permettra de donner du mouvement à ses robes sans avoir à rajouter des points de couture supplémentaires ou des supports. La robe devient littéralement une sculpture en 3D.





Son perfectionnisme, sa volonté de faire un vêtement qui s’adapte aux corps et les sublime en dissimulant leurs imperfections (l’exemple de la reine Fabiola est cocasse) expliquent son incapacité à s’adapter aux évolutions de la mode et notamment au prêt-à-porter, vers lequel beaucoup de maisons ont cédé à la fin des années 1950. On le décrit comme un « moine de la couture » : les défilés sont silencieux, de même que les ateliers dans lesquels sont confectionnées les robes.
L’année 1968 est une année de bouleversement social en France. Balenciaga ne trouve plus sa place dans une société qui prône la libération des mœurs, où la minijupe de Courrèges et le prêt-à-porter ne cadrent pas avec sa conception très raffinée de la mode.



Il prend donc la décision de fermer la maison Balenciaga et la haute couture.
Cela va créer un grand fracas dans le monde de la mode et au sein de ses employés, qui ont du mal à concevoir la fin de tout cela.
Ayant passé toute sa vie à tout maîtriser, il est inconcevable pour lui que sa maison persiste après lui. C’était, à mon sens, un véritable artiste et je comprends facilement sa volonté que tout se termine avec lui. Dans une des séquences de la série, il fera une comparaison avec Picasso à ce propos. C’est comme si quelqu’un reprenait à son compte le travail du peintre et continuait des œuvres en les signant « Picasso ». INCONCEVABLE.
En voyant ce que la maison Balenciaga représente à notre époque, on éprouve à la fin de la série un sentiment de colère – en tout cas, ce fut le mien – parce qu’on se rend bien compte que la volonté de Balenciaga a été bafouée. À la mort du couturier, sa société est reprise par ses neveux, puis passe entre les mains du groupe chimique et pharmaceutique allemand Hoechst. En 1986, le groupe Jacques Bogart rachète la licence de la marque Balenciaga. La maison vivote entre les mains de différents directeurs artistiques relativement respectueux du style de la maison. Puis les années 2000 marquent le rachat de Balenciaga par le groupe Gucci. Depuis 2015, la direction artistique était menée par Demna Gvasalia, qui, à mon sens, a massacré l’image de la maison en misant essentiellement sur le buzz, le scandale et les collaborations avec des starlettes telles que les Kardashian. La maison a été entachée par de nombreux scandales pendant ces dix dernières années. C’est un peu un déchirement de voir ce qui a été fait du travail du créateur de cette maison.






Depuis cette semaine, le monde de la mode espère un retour vers des collections plus en accord avec l’ADN de la marque : Demna Gvasalia quitte en effet la direction artistique de la maison après l’avoir vidée de sa substance.
La série n’a pas vraiment une grande audience. Qui s’intéresse vraiment à la mode et à l’histoire de la mode ? Elle est également sortie sur Disney+, sans trop de promotion, et surtout à destination d’un public surtout espagnol.
Balenciaga a cultivé le mystère et la discrétion durant toute sa vie (certains journalistes mettront en doute jusqu’à son existence). Il n’a donc pas une aura similaire à Coco Chanel ou Yves Saint Laurent, qui aurait pu permettre à la série d’avoir plus d’écho. Cependant, c’est une série assez agréable à regarder, le jeu des acteurs est relativement bon.
Outre le personnage de Balenciaga, le personnage de Coco Chanel est magistralement interprété par Anouk Grinberg. On adorera la détester.
Alberto San Juan campe un Cristóbal Balenciaga austère, perfectionniste, introverti, ayant du mal à s’exprimer en dehors de ses créations. La scène d’adieu à Wladzio (son amour pendant une longue partie de sa vie) est déchirante. L’armure, le corset se fissure. On découvre un Balenciaga rongé par la tristesse mais qui, là encore, cherche à garder une consistance et muselle littéralement, physiquement ses émotions comme il l’a toujours fait mais aussi par convention sociale à cette époque où l’homosexualité n’est pas acceptée.
Le travail des costumes est colossal. La costumière de la série a eu accès aux archives Balenciaga afin de retranscrire au mieux les créations du couturier.







Bah ça t’a drôlement intéressé apparemment !!! 🙂
Ouiiiii. J’aime beaucoup la mode. La série permet de découvrir le génie qu’il était.
J’ai toujours aimé certaines créations de balanciaga sans savoir quel à été son importance et sa place dans la mode mondial donc c’était cool de le découvrir.
J’ai également du mal à comprendre comment la maison à pû prendre une direction totalement différente. C’est rageant que l’on puisse continuer à utiliser son nom et sa réputation quand on sait qu’il n’était pas en faveur de ça. Il doit faire le ventilateur à se retourner dans sa tombe.