BREF

Il y a quelques semaines, la promotion de la deuxième saison de Bref a commencé. Tout le monde s’est rapidement « inquiété » de savoir si la série réussirait à reproduire l’intensité des pastilles de Canal+ et à retrouver le caractère fédérateur et culte des épisodes qui nous avaient charmés il y a dix ans.

La saison 1 de Bref comptait 82 épisodes d’environ une minute trente, suivant tambour battant la vie d’un trentenaire un peu anti-héros, un peu anti-gendre idéal, un peu gauche, un peu vous et moi, en somme. Comme nous, il a déjà soufflé sur un truc tombé par terre avant de le manger en sachant que c’était totalement débile. Il a déjà dit qu’il avait entendu parler d’un truc dont il n’avait jamais entendu parler. Il a déjà mis une clé USB dans un sens, puis dans l’autre, puis encore dans l’autre.

C’est devenu la force de la série : parler de nous, de notre banalité, de nos comportements, de nos contradictions et de nos travers. Les décortiquer avec un humour acéré, de manière cynique, bienveillante et avec la justesse d’un orfèvre. Tout ça, vite fait, bien fait, en 1 minute 30.

Le défi était de taille : revenir 13 ans plus tard en suscitant au minimum la même envie et les mêmes émotions et sous un format différent.

Force est de constater que cette saison 2 a réussi à rassembler les fans de la première heure et à conquérir de nouveaux adeptes. On retrouve les éléments qui ont fait le succès de la saison 1, mais cette fois avec plus d’épaisseur et de profondeur. Six épisodes de moins de 40 minutes permettent de développer un univers autour du personnage, mais toujours avec du rythme et du dynamisme. Pas de place à l’ennui : chaque seconde est utilisée à bon escient. La voix-off de Kyan Khojandi, qui conserve ce débit si particulier entre confession et constat ironique, permet de garder le ton originel.

C’est drôle, pédagogique, didactique, cathartique.
L’esthétique est léchée, douce-acide. Les mises en scène très imagées matérialisent les pensées du personnage, ces mêmes pensées absurdes qui traversent nos esprits. Cette saison confirme un style propre à Khojandi. C’est le mec de Bref. En fait, c’est le mec qui réussit à nous faire réfléchir à nos travers et à notre banalité de façon subtile, relativement intelligente et légère.

On connaissait Laura Felpin en tant qu’humoriste, mais cette saison 2 de Bref révèle une facette inédite de son jeu d’actrice. Ses séquences les moins comiques dévoilent une intensité dramatique que l’on ne soupçonnait pas chez elle. Ces moments forts ont d’ailleurs largement contribué à la promotion de la série sur les réseaux sociaux.

Le casting est impressionnant : en plus des personnages emblématiques de la première saison, c’est une avalanche d’humoristes qui passent faire un p’tit coucou, ne serait-ce que quelques secondes à la caméra.

Bref ne se contente pas de faire rire. La série invite aussi à une introspection douce-amère sur nos rapports aux autres. Les situations décrivent une part de nos comportements ou nous incitent à réfléchir à nos propres travers dans nos relations amoureuses, familiales, interpersonnelles… Si ça marche aussi bien, c’est parce que la série dépeint avec justesse nos relations, les gens que l’on croise dans la rue, ceux qui peuplent notre quotidien, ceux que nous sommes.
On est, ou on connaît, le mec qui ne finit pas ses phrases.
On est, ou on connaît, le mec qui est addict au malacompagnax®, version amour ou amitié.
On est, ou on connaît, le mec qui sait que c’est fini quand il arrête de suivre la personne sur les réseaux sociaux, et qui sait qu’il est passé à autre chose quand il ne tape plus son nom dans la barre de recherche.

Dans la relation entre Kyan et son frère, il y a beaucoup de mécanismes qui résonnent avec ma propre relation fraternelle. Il y en a toujours un qui veut le siège de devant, et dans cette guerre froide fratricide, il n’y a que deux victimes : deux pantins qui se battent pour exister. On touche du doigt cette tension universelle des relations fraternelles, entre admiration et jalousie, entre compétition et complicité, entre le besoin de se trouver une place dans sa famille tout en s’en émancipant suffisamment.

À travers son fonctionnement et ses attitudes en couple, la série nous exhorte à réfléchir à nos façons d’agir pour ne pas être le mec dans le film – celui qui ne se remet pas en question et qui reproduit les mêmes schémas sans jamais prendre conscience de leur nocivité. C’est un manifeste qui nous enjoint à avoir la lucidité de poser un regard franc sur nous-mêmes, dans l’optique de tendre vers une meilleure version de nous-mêmes dans les nouvelles relations que nous établirons.

La série met en lumière ces moments où l’on se monte la tête alors que la communication pourrait résoudre bien des malentendus.

Elle est également ancrée dans son époque, avec les réseaux sociaux qui ajoutent à la rupture amoureuse une rupture numérique. Le protagoniste exprime très bien ce qu’on appelle aujourd’hui la dating fatigue : cette version contemporaine de la mélancolie amoureuse, une émotion oscillant entre lassitude et espoir, avec une pointe d’aigreur, et qui touche de nombreux individus de notre génération.

Avec cette seconde saison, on retrouve Kyan Khojandi dix ans après la première. Si la première saison capturait déjà la réalité de jeunes adultes trentenaires en construction, entre précarité, solitude et questionnements existentiels, cette nouvelle saison s’inscrit dans un contexte où nos relations, notre rapport au temps et à nous-mêmes ont encore changé. La quarantaine est traditionnellement perçue comme l’âge de l’accomplissement personnel, professionnel et affectif. Mais dans une société où tout va toujours plus vite, devient de plus en plus exigeant et nous impose souvent une comparaison avec les autres, un bilan régulier de nos vie, la crise existentielle et la remise en question n’attendent plus la cinquantaine – elles se manifestent bien plus tôt.

Le personnage principal n’est plus un trentenaire perdu et un peu looser : il devient un homme qui apprend à communiquer, qui tente d’apprendre de ses erreurs, de se comprendre et de s’améliorer. Peut-être parce qu’à 40 ans, l’horloge presse.

C’est peut-être là que réside la plus grande réussite de cette saison 2 : Bref ne se contente plus de parler de nous. Elle nous invite, en filigrane, à plus d’introspection – aussi douloureux que cela puisse être – pour nous permettre de tendre vers une meilleure version de nous-mêmes.

C’est tout cela qui signe une série intelligente et brillante.

Bref, c’est ce qui fait que l’on sort de cette série grandi.


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