Un de plus

Ce soir, je remarque l’autel de fortune dressé sur le parvis haut de la gare d’Angers que je fréquente quasi quotidiennement. Il était chargé de fleurs. Une boîte de carton a tenté depuis 3 jours de maintenir la flamme d’une ou deux bougies.

Tant de barbarie et de lâcheté se sont déchaînées à cet endroit sur un seul homme le 2 janvier dernier.

C’est fou comme les fleurs rendent les choses palpables.
Elles soulignent la présence.
La présence, l’irruption de la brutalité dans nos quotidiens, nos lieux de vie.
Elles soulignent aussi l’absence. L’absence de quelqu’un, dans ce lieu, mais aussi, dorénavant, dans la société, dans sa famille.
Elles incarnent à la fois l’hommage à une victime et la preuve tangible de la violence qui s’est abattue là. Ces fleurs rendent palpable ce que l’on voudrait souvent ignorer : que derrière chaque fait divers se cachent des histoires humaines, des destins coupés nets.

On ne peut pas « juste » passer à côté. Faire comme si de rien n’était.

Les autels de fortune sont éphémères, tout comme notre mémoire collective.
Dans une semaine ou deux, les fleurs ne seront plus là et, par la même occasion, en ce si court laps de temps, on aura oublié.

Je n’aime pas m’exprimer sur ce genre d’événement. Peut-être une espèce de méthode Coué à la con, histoire de ne pas m’arrêter sur la violence du monde, violence à laquelle on s’accommode trop facilement.
Ce n’est « qu’un de plus », un règlement de compte, peut-être l’a-t-il cherché ? Pire, mérité ?
De la chair à canon.

Dans un monde saturé d’informations, les actes de barbarie finissent souvent par se fondre dans le tas, dans la masse informe. Un fait divers en chasse un autre aussi vite qu’il s’est produit. Aussi vite qu’il nous faut de temps pour se laisser s’en émouvoir.

D’ailleurs, est-ce qu’on peut s’arrêter sur cette expression : « fait divers » ? Étrange manière de désigner un fait qui n’a rien de commun, rien d’acceptable, rien de normal. Une étrange dénomination qui banalise un événement grave, qui contribue à invisibiliser ce genre d’atrocité.

On est trop rapidement tenté de se protéger, découragé de se laisser aller à l’indignation tant cela nous semble stérile, vain.
Mais ce soir, le dégoût et la colère me montent à la tête.

Il s’appelait Mathias. Martiniquais d’origine, il était jeune, 23 ans, bientôt père. Sans doute nourrissait-il beaucoup d’espoirs pour cette nouvelle année.
Il a été battu à mort, à coups de marteau et de couteau, assénés par quatre bourreaux couverts de cagoules et de lâcheté.

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