Il y a dix ans à peine, alors que je commençais tout juste à assumer mon homosexualité et que j’étais encore paralysé par une timidité maladive, acheter son premier Têtu relevait de la gageure. Le simple fait de révéler ce que l’on est, aux yeux d’un buraliste que l’on ne connaît ni d’Adam ni d’Ève, constituait une épreuve pour bon nombre de gays.
Il faut dire qu’à l’époque, certains buralistes s’évertuaient à ranger ces revues au milieu des magazines à caractère plutôt pornographique, ajoutant à l’embarras. Mais les choses ont changé.
Aujourd’hui, la gêne a disparu. Cela dit, ce matin, j’ai tout de même souri bêtement en tendant au buraliste le dernier numéro du magazine. En couverture, Artus suce goulûment son majeur couvert d’une boisson lactée, tout en nous lançant un regard malicieux.
Petit message au mignon collègue du buraliste : « J’aurais préféré que tu m’encaissasses»
