Dans l’agenda de tout homosexuel français qui se respecte, il y a trois moments fondamentaux auxquels il convient d’être au rendez-vous.
Le premier est l’Eurovision.
Le second, la Gay Pride.
L’année se termine par l’élection de Miss France.
A ces trois événements incontournables peuvent s’ajouter, facultativement, un concert de la reine mère (Mylène Farmer), de mère-grand (Madonna), Beyoncé, Lana Del Rey ou Lady Gaga. Parfois, les étoiles gays s’alignent et le jour de la gay pride coïncidence avec le jour d’un concert de Mylène farmer comme ce fut le cas il y a deux ans à Nantes. Attention, des rendez-vous manqués trop nombreux entraînent la confiscation de la carte d’adhésion au lobby gay et la destitution du traître, qui sera flagellé nu à la prochaine Gay Pride…avec des fougères.
Samedi soir dernier a eu lieu l’élection de Miss France. C’est l’occasion pour chacun de décréter quetelle ou telle Miss n’est « pas ouf », tout en restant affalé sur son canapé en jogging, caleçon troué, pilou-pilou ou peignoir, alors qu’on ne passerait même pas la sélection de Miss Camping.

Mais c’est surtout un moment convivial, où l’on se réunit entre amis pour discuter du caractère potiche ou niais des candidates, de leurs réponses aux questions parfois très inspirées, des chorégraphies qui dévoilent toutes leurs lacunes en danse, et pour parier sur celle qui va chuter ou sur les noms des finalistes.
C’est également l’occasion de se moquer des costumes traditionnels, issus d’une inspiration plus que douteuse des stylistes à l’honneur. A ce titre, miss lorraine remporté le pompon avec son costume traditionnel totalement incompréhensible et qui la place est bonne position pour intégrer les power rangers.

Cette soirée festive marque aussi le moment de l’année où l’on sort du placard Jean-Pierre Foucault, 77 ans, qui présentait sa 30ᵉ édition de Miss France ce samedi soir.
On déterre également Thierry Baumann, l’animateur intervenant lors de la dernière partie de l’élection pour donner les consignes de vote au public, et qui apparaît accessoirement dans la pub Lindt, avant de l’enfermer de nouveau jusqu’à l’année prochaine.

Ce samedi, je participais donc à une soirée Miss France avec des amis. J’étais loin d’imaginer que Miss Martinique serait élue Miss France. J’étais également loin d’imaginer que cette victoire me toucherait autant, en voyant la représentante de mon île d’origine rafler une couronne que la Martinique attendait depuis la création du concours.



Bien qu’initialement elle ne fût pas mon premier choix, force est de constater que sa prestance, son charisme, ses capacités oratoires et sa beauté font qu’elle est indubitablement à sa place. Ses qualités et sa détermination feront rapidement oublier son âge aux puristes. En effet, à la faveur de l’abolition de la limite d’âge pour concourir au titre de Miss France, Angélique Angarni-Filopon, âgée de 34 ans et déjà première dauphine de Miss Martinique il y a 15 ans, a pu gravir les étapes vers ce titre dont elle rêvait.
Je ne connais pas les profils et les combats des Miss des autres pays, mais je pense qu’en France, nous pouvons être fiers d’élire des Miss belles, intelligentes et pas trop potiches. L’élection de Miss France est également une occasion de s’interroger sur la place de la femme dans la société française et de se demander si cette tradition n’est pas archaïque, perpétuant les diktats de la beauté année après année. Certains considèrent qu’il s’agit d’un fossile sexiste tentant de se dire féministe ; d’autres, au contraire, y voient une tradition résolument moderne qui met désormais en valeur les qualités d’une femme bien de son temps.
Dans cette quête de réponses à une question sempiternelle, les Pays-Bas ont récemment donné un exemple clair. Ils ont tout simplement pris la décision de supprimer leur concours de beauté. Créé en 1929, soit quelques années après celui de la France, le concours néerlandais avait pourtant fait preuve d’avant-gardisme l’an dernier en élisant Rikkie Kolle, la première femme transgenre de l’histoire à remporter ce titre. L’organisation a estimé que « les temps ont changé et nous évoluons avec eux ». En lieu et place du concours sera désormais proposée une plateforme intitulée Plus de ce temps, visant à « partager les histoires de femmes, mais aussi mettre en lumière l’impact des réseaux sociaux et des normes de beauté irréalistes ». Le communiqué promet : « [Il n’y aura] plus de couronnes, mais des histoires qui inspirent. Pas de robes, mais des rêves qui prennent vie. » Ainsi, aux Pays-Bas, ce ne sont plus l’écharpe et la couronne qui sont mises à l’honneur, mais l’entraide intemporelle entre femmes et l’urgence de raconter la vraie vie, « sans la pression de se conformer à une image parfaite ».
En France, l’élection de Miss France demeure un événement fédérateur et un spectacle populaire. D’un autre côté, elle est critiquée comme un « fossile sexiste » incompatible avec notre époque. Peut-on imaginer un futur où Miss France suivrait l’exemple néerlandais ? Cela semble difficile.
