J’ai découvert le travail de Léa Belooussovitch il y a quelques années à travers son livre Feeling on Felt, sur lequel je suis tombé en parcourant la bibliothèque du Lieu Unique. Il y a une large sélection de livres d’art et j’aime bien m’y perdre : ça me permet de découvrir de nouveaux artistes, puis de consulter des livres d’art que je n’ai pas les moyens de m’offrir.
Le livre attire l’œil avec ses couleurs pop et c’est également une expérience sensorielle à part entière, parce que la couverture est duveteuse. Il synthétise en un instant la démarche de l’artiste: un coup de maître.

Née en 1989, Léa Belooussovitch est une artiste française qui vit et travaille à Bruxelles.
Sa démarche artistique vise à questionner le regard de nos sociétés contemporaines sur la souffrance.

Elle crée des tableaux en partant d’images de presse souvent insoutenables : photographies d’attentats, de guerres, de catastrophes humanitaires.
Elle en atténue la violence par le flou. Ses œuvres sont constituées de feutre textile sur lequel elle applique méticuleusement des crayons de couleur, des pigments et de la peinture acrylique aux accents pop. La texture du feutre procure à l’œuvre un aspect flou, nébuleux, qui contraste avec la brutalité des scènes dépeintes.
En rendant les scènes illisibles, elle empêche la consommation visuelle de la souffrance d’autrui.
Dans une société où les images violentes circulent en boucle, partagées et commentées sur les réseaux, elle disrupte ces schèmes « d’esthétisation du désastre»
L’artiste replace un peu de la pudeur à laquelle les victimes devraient avoir droit et nous enjoint ainsi à avoir un regard distancié et réfléchi, moins dans le « voyeurisme primaire » et l’instantanéité des drames humains auxquels nous sommes confrontés..




À l’occasion de la commémoration des 10 ans des attentats de Paris, l’artiste a déployé sur un mur de la ville une œuvre représentant deux silhouettes floues qui s’enlacent, entourées de couleurs claires et vives. L’œuvre habille le mur d’un immeuble du 11ᵉ arrondissement de Paris, situé à quelques rues des terrasses attaquées à l’arme de guerre. La peinture, haute de plusieurs mètres, est sobrement intitulée Paris, France, vendredi 13 novembre 2015. Le titre rappelle l’origine du cliché initial, puisqu’il s’agit tout simplement de la convention journalistique de datation des photographies dans les journaux.
Elle représente deux rescapés du 13-Novembre, dans les bras l’un de l’autre.
L’aspect feutré se propose comme un pansement ouaté sur les murs de la ville meurtrie, comme une couverture de douceur sur ces deux rescapés.


