À l’invitation de matoo, j’ai assisté hier soir au concert de Pierre Lapointe à La Bouche d’Air. C’était la première fois que je le voyais sur scène, bien qu’il soit un habitué des scènes nantaises et que j’apprécie déjà son répertoire.
Je ne suis pas un grand amateur de chanson française-mes goûts sont plutôt dirigés vers d’autres style musicaux, anglo-saxons ou instrumentaux – même si certains artistes de la jeune génération me touchent.

Pierre Lapointe occupe un statut à part. Ses textes sont finement ciselés et mélangent poésie et narration très directe, sa diction est impeccable, et sa scansion précise. Sa voix est d’une justesse implacable, sans la moindre fausse note. Il y a chez lui une maîtrise vocale rare, une puissance qui tranche radicalement avec l’image un peu convenue de certains chanteurs français empreints de maniérisme qui murmurent, susurrent, et finissent inaudibles (coucou Benjamin Biolay et Étienne Daho et compagnie). Son accent québécois donne à son timbre une couleur singulière, une chaleur qui ajoute à l’émotion.
Une de mes anciennes collègues m’en avait déjà parlé : il aime s’adresser à son public entre les chansons, avec beaucoup d’humour et de sincérité. Il ponctue ses chansons de confidences, raconte leur genèse, partage quelques fragments de vie même s’il cultive une verte pudeur concernant sa vie privée. Il revient parfois sur son vécu, ce qui donne une dimension supplémentaire à ses textes. Cela rajoute un p’tit supplément d’âme à ses textes qui n’en manque pourtant pas et sont déjà très éloquents, sensibles, délicats.
Ce lien qu’il crée avec le public contraste avec certains artistes qui « font le job » et s’en vont, sans un mot. Chez lui, c’est un supplément d’âme. Il semble porter une forme de frustration — plus apaisée aujourd’hui — face à sa difficulté à toucher un plus large public en France. J’avoue ne pas comprendre pourquoi il n’a pas davantage d’aura ici.
Ses chansons parlent d’amour (même quand il se passe mal), de la mort, de la maladie.Mais jamais de manière plombante. Ce n’est pas triste, ou plutôt : Ce n’est pas triste quand on est sensible. Quand on sait le bien que procure cette sorte de nostalgie douce-amère, d’une lucidité imparable et pleine d’un romantisme suranné. Le français manque d’un mot pour désigner cette mélancolie particulière dans laquelle on se réfugie, parce qu’elle a quelque chose de réconfortant, de plus lumineux et salvateur que la simple tristesse. Les Portugais ont la saudade, qui s’en approche : ce sentiment de mélancolie habitée, lumineuse, et réconfortante est insaisissable, en français.
Ce concert m’a permis de découvrir son dernier album (Dix chansons démodées pour ceux qui ont le couleurs abîmé)— bouhhhh je n’avais pas fait mes devoirs -maison. Mais ce fut une très belle surprise, avec quelques moments d’émotion pure, les larmes aux yeux à plusieurs reprises.
Sur scène, il est accompagné par le duo Poirier-Fortin, deux pianistes qui jouent à quatre mains. Issues du monde du classique, elles font là une belle excursion hors de leurs sentiers battus, en réarrangeant les morceaux du nouvel album et en les jouant en direct avec lui.
À la fin du concert, il nous a même réservé un petit temps d’échange. Que demander de plus ?
